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 La Poudre aux yeux Acte II ---Scènes 8-9-10-11-

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abdelhalim berri
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مُساهمةموضوع: La Poudre aux yeux Acte II ---Scènes 8-9-10-11-    الأحد 27 فبراير 2011, 21:56

ACTE II

Scène VIII


Les Mêmes, Un Monsieur


Un Monsieur, entrant
brusquement par la gauche. - Enfin, j'y suis! m'y voilà!



Malingear. - Qui
êtes-vous? que voulez-vous?



Le Monsieur. - C'est mon
tour... j'ai le numéro 17.



Malingear, étonné, à part
- Ah! un client! un vrai!...



Ratinois, à part. - On se
l'arrache!



Le Monsieur, à Malingear.
- Je souffre depuis longtemps d'une affection...



Malingear. - Pardon... je
suis à vous...



Ratinois. - Docteur, je
vous laisse...



Malingear. - Vous
m'excusez?...



Ratinois. - Comment donc?
ne vous dérangez pas!... (A part en sortant.) Quel beau parti pour Frédéric!
C'est trop beau... ils ne voudront jamais s'allier à de petits bourgeois comme
nous!... (Haut.) Docteur... j'ai bien l'honneur... (Il ouvre la porte du fond,
et on aperçoit le chasseur qui le reconduit. Faisant des politesses au
chasseur.) Merci!... ne vous donnez pas la peine...



La porte se referme.


Scène IX


Le Monsieur, Malingear


Malingear. - A nous
deux!... Nous disons que vous souffrez depuis longtemps d'une affection...



Le Monsieur. - Oh! ça va
mieux maintenant... (Lui présentant un papier.) Voici ma petite facture pour un
meuble de salon...



Malingear. - Quoi!... un
meuble de salon?



Le Monsieur. - Je suis
votre tapissier.



Malingear. - Comment!


Le Monsieur. - C'est
Madame qui m'a prié de rendre le numéro 17... C'est très malin, ce que vous
faites là.



Malingear, protestant. -
Je vous assure que c'est à mon insu.



Le Monsieur. - Il n'y a
pas de mal... Est-ce que chaque état n'a pas ses petites ficelles? Moi-même...



Malingear. - Monsieur...
je vous prie de croire... (A part.) Ma femme me compromet.



Le Monsieur. - Voici mon
mémoire, se montant à la somme de quatre mille francs...



Malingear. - Permettez que
j'examine... Oh! oh! un fauteuil, cent cinquante francs!...



Le Monsieur. - C'est tout
au juste.



Malingear. - Et les
chaises quatre-vingts!...C'est exorbitant!



Le Monsieur. - Comment!
vous allez me marchander... après le service que je viens de vous rendre!



Malingear. - Quel service?


Le Monsieur. - Eh bien, le
numéro 17! Je suis votre petit 17!



Malingear, impatienté. -
Allons! c'est bien!... Acquittez votre mémoire.



Il prend une plume sur le
bureau et la lui donne.



Le Monsieur. - Tout de
suite!



Il signe sur le guéridon


Malingear, lui remettant
des billets de banque. - Voici votre argent.



Le Monsieur. - Merci!
(Tout en comptant ses billets.) Dites donc, docteur, une autre fois, si vous
avez besoin de quelqu'un... je vous recommande mon frère... un paresseux...



Malingear. - Pour quoi
faire?



Le Monsieur. - Il a un
habit... il sera très modéré.



Malingear. - En voilà
assez!... Vous êtes payé... je ne vous retiens pas.



Le Monsieur, sortant à
part. - C'est égal; c'est un vieux malin!



Il sort par le fond.


Scène X


Malingear, Madame
Malingear; puis Emmeline



Malingear, seul. -
Vraiment, madame Malingear me fait jouer un rôle ridicule...



Madame Malingear, entrant.
- Eh bien, as-tu payé le tapissier?



Malingear. - Oui... le
numéro 17.



Madame Malingear. - C'est
une bonne idée que j'aie eue là...



Malingear. - Je vous en
fais mon compliment!... Vous me faites passer pour un charlatan aux yeux de cet
homme.



Madame Malingear. - Oh! un
tapissier!



Malingear. - C'est comme
ce grand escogriffe en livrée...



Madame Malingear. -
Comment! tu ne l'as pas reconnu?



Malingear. - Non.


Madame Malingear. - C'est
le chasseur du premier.



Malingear, s'oubliant. -
Il est superbe! (Changeant de ton.) Mais tu vas me rendre la fable de la
maison! Il bavardera, c'est inévitable!



Madame Malingear. - Il
fallait bien quelqu'un pour porter la lettre de la duchesse...



Malingear. - Ca, pour la
lettre de la duchesse, je ne dis rien: c'est gentil, c'est bien trouvé... surtout
la fin... le post-scriptum...



Madame Malingear.
"Méchant docteur..."



Malingear. - "Vous ne
voulez donc pas être..."



Madame Malingear. -
"De l'Académie?..." Quelle figure faisait M. Ratinois?



Malingear. - Il est resté
épaté... Tu ne sais pas...il a regardé ma chaîne.



Madame Malingear. - Ah! je
te dis qu'ils sont sortis éblouis... charmés... tous les deux.



Malingear: - Tu crois?


Madame Malingear. - Et
demain... pas plus tard que demain... nous entendrons parler d'eux.



Malingear, apercevant sa
fille qui entre. - Chut! Emmeline!



Emmeline. - Maman, il n'y
a plus de sucre râpé.



Madame Malingear. - Voilà
la clef de l'office.



Malingear, à Emmeline, qui
se dispose à sortir. - Eh bien, tu ne m'embrasses pas?... (L'embrassant.) Chère
petite!... Ton père vient de se donner bien du mal pour toi!



Emmeline. - Quoi donc?


Malingear. - On ne peut
pas le dire... ne le répète pas... c'est un secret.



Emmeline. - Sois
tranquille. (A part.) Il s'agit de mariage. (Haut.) Oh! je ne te le demande
pas! Approche donc... il y a à ta redingote un bouton qui ne tient pas.



Malingear. - Veux-tu me le
recoudre?



Emmeline. - Volontiers...
J'ai justement de la soie noire.



Malingear ôte a redingote
et la remet à Emmeline, qui s'assoit pour recoudre le bouton.



Malingear, à part. -
Est-elle gentille! Eh bien... si j'étais madame Ratinois... (montrant sa fille
qui coud) c'est comme cela que je l'aimerais!



Scène XI


Les Mêmes, Sophie; puis
Alexandrine



Sophie, entrant avec un
panier sous le bras. - Me v'là!... J'arrive du marché...



Madame Malingear. - Vous y
avez mis le temps!



Sophie. - Madame veut-elle
compter?



Madame Malingear. - Oui...
Donnez-moi votre livre.



Sophie. - Le v'là, madame.


Elle donne le livre à sa
maîtresse, et pose à terre son panier d'où l'on voit sortir un chou.



Madame Malingear, se
mettant au bureau et comptant. - "Du 15. - Lait, deux sous; un lapin,
cinquante sous..." (Parlé.) C'est horriblement cher!



Sophie. - Madame, il y a
une maladie sur les lapins.



Malingear, un journal à la
main. - Une maladie?...



Sophie. - Oui, monsieur.


Malingear. - Je n'en ai
rien su.



Madame Malingear,
continuant. - "La bretelle à Monsieur, cinq sous." (Parlé.) Comment,
la bretelle?



Sophie. - La boucle qui
s'avait cassé.



Malingear, à part. - Que
dirait la duchesse de Montefiascone, si elle assistait à ce tableau de famille?



Madame Malingear,
continuant. - "Du 16. - Un chou, dix-huit sous..." (Se récriant.)
Dix-huit sous!



Sophie. - Il est frisé,
madame.



Alexandrine, entrant
vivement. - Madame... c'est une visite!



Toute La Famille, se
levant. - Une visite!



Alexandrine. - M. et
madame Ratinois.



Madame Malingear. - Eux?


Malingear. - Déjà?


Emmeline, à part. - Quel
bonheur!



Madame Malingear, à
Alexandrine. - Faites entrer! (Alexandrine sort. A Sophie, lui remettant son
livre.) Vite, filez!...



Sophie sort par la droite.


Malingear. - Ma redingote!


Il la remet vivement.


Madame Malingear, à
Emmeline. - Toi, mets-toi au piano... la tête en arrière, et fais des
roulades!... Ah! mon Dieu! et le panier!...



Elle le prend, parcourt la
scène pour le cacher; elle finit par le fourrer sous la table en laissant
retomber le tapis. Emmeline fait des roulades. M. et madame Ratinois paraissent
au fond.



Scène XII


M. et Mme Malingear,
Emmeline, Ratinois, Madame Ratinois



Madame Ratinois est en
grande toilette. M. Ratinois porte un habit, une cravate blanche et des gants
blancs.



Madame Ratinois. -
Madame!...



Ratinois. - Docteur!...


Madame Malingear, à madame
Ratinois. - Quelle heureuse surprise! Etes-vous enfin décidée à prendre
l'appartement?



Ratinois. - Non, nous ne
venons pas positivement pour ça... (A part.) Dieu! que je suis ému!



Malingear, à Ratinois. -
Votre indisposition se serait-elle aggravée?



Ratinois. - Merci, ça ne
vas pas mal!



Madame Ratinois. - Nous
venons pour autre chose...



M. et Madame Malingear,
feignant l'étonnement. - Pour autre chose?...



Emmeline, à part. - Le
père a une cravate blanche... c'est pour la demande!...



On s'assied; Emmeline
reste debout près du piano.



Ratinois, très ému. - Nous
avons une communication à vous faire... une de ces communications... (A sa femme.)
Parle, toi!



Madame Ratinois. - Intime
et confidentielle...



Emmeline. - Maman, mon
professeur de dessin est là qui m'attend!



Madame Malingear. - Va,
mon enfant.



Malingear, à part. -
Est-elle intelligente!



Emmeline, saluant. -
Madame!... monsieur!...



M. et Madame Ratinois. -
Mademoiselle!...



Emmeline sort.


Malingear. - Nous voilà
seuls!



Madame Ratinois, bas à son
mari. - Parle! courage!...



Ratinois, bas. - C'est
inutile... ils ne voudront pas.



Madame Malingear. - Nous
vous écoutons.



Ratinois, très ému. -
Monsieur et madame... je suis père... j'ai un fils unique... Frédéric...



Malingear. - Nous le
connaissons.



Madame Malingear. - Un
charmant jeune homme! qui veut bien quelquefois honorer nos salons de sa
visite...



Ratinois, bas à sa femme.
- Nos salons!... Tu vois, ils ont plusieurs salons... ils ne voudront jamais!



Madame Ratinois, à son
mari. - Mais va donc!...



Ratinois. - Ce jeune
homme, qui est avocat, n'a pu voir votre demoiselle... votre honorable
demoiselle... sans songer à une alliance... qui l'honorerait... en nous
honorant... s'il pouvait entrer dans votre honorable famille... que tout le
monde honore.



Madame Malingear, jouant
l'étonnement. - Comment!...



Malingear, de même. -
Est-il possible!...



Ratinois, bas à sa femme.
- Là!... tu vois!... Allons-nous-en!



Malingear. - Monsieur, je
vous avoue qu'une pareille demande... faite à l'improviste... nous surprend un
peu!



Ratinois, de même. -
Allons-nous-en!



Malingear. - Un mariage
est une chose délicate... et nous vous demandons la permission de nous consulter...
de réfléchir.



Madame Ratinois. - Comment
donc!... c'est tout naturel!



Madame Malingear. - Dans
quelques jours nous vous ferons connaître notre réponse!



On se lève.


Ratinois, à part. - Ils ne
refusent pas! (Haut.) Ah! madame!... ah! docteur!... ah! ma femme!...



Madame Malingear, bas à
son mari. - Eh bien, la poudre aux yeux?...



Malingear, de même. -
C'est admirable! Je suis converti! (Très haut à sa femme.) Chère bonne, priez
la femme de chambre de dire au domestique de dire au cocher d'atteler Brillante
et Mirza... Je dîne chez la duchesse!



M. et Madame Ratinois,
avec admiration. - Chez la duchesse!



Malingear, à part. - V'lan
dans les yeux!...



Acte II


Un salon chez Ratinois:
cheminée et table à gauche, fenêtre et guéridon à droite.



Scène première


Frédéric, Ratinois, Madame
Ratinois



Ratinois, debout. -
Voulez-vous que je vous donne mon opinion? C'est un mariage flambé!



Frédéric, assis à la
table, écrivant. - Allons donc! qu'est-ce que vous dites là?



Ratinois, à Frédéric. - Ne
te trouble pas... continue à faire mes quittances... C'est un travail qui
demande du sang-froid.



Madame Ratinois, assise à
droite et tricotant. - J'ai bien peur que ton père n'ait raison!



Ratinois. - Voilà
aujourd'hui quinze jours que nous avons fait la démarche... et nous n'avons pas
de réponse.



Frédéric. - Qu'est-ce que
cela prouve?



Ratinois. - Ca prouve que
ces gens-là sont trop élevés pour nous, il y a là-dedans un train de maison...



Frédéric. - Mais je n'ai
pas remarqué...



Ratinois. - Je crois
bien... un amoureux! Tu n'as vu que la petite... Mais, moi, j'ai vu le
chasseur: un homme de sept à huit pieds!



Frédéric. - Ah! par
exemple!...



Ratinois. - Sept à huit
pieds!... Rien n'échappe à l'oeil clairvoyant d'un père.



Madame Ratinois. - Et la
demoiselle prend des leçons de Duprez!...



Ratinois. - Elle en a le
moyen!... Quand on possède un papa qui reçoit quatre mille francs d'un coup...
je les ai comptés... et qui les met tranquillement dans sa poche comme si
c'était son étui à lunettes...



Frédéric. Ce n'est pas une
raison...



Ratinois. - Mais sais-tu
ce que c'est que cet homme-là... dont tu brigues la fille?...



Frédéric. - C'est un
médecin.



Ratinois. - Oui, un
médecin... qui n'aurait qu'un mot à dire pour être de l'Académie des
sciences... S'il voulait dire un mot... crac! il en serait. Et sa chaîne...
As-tu remarqué sa chaîne?...



Frédéric. - Non.


Ratinois. - Il n'a rien
remarqué!... Et tu veux qu'un pareil personnage aille s'allier avec le fils
d'un ancien confiseur?...



Madame Ratinois, se
levant. - Quelle rage avez-vous de dire toujours que vous avez été
confiseur?...



Ratinois. - Je n'en rougis
pas... Je n'en parle à personne... mais je n'en rougis pas.



Madame Ratinois. - Mon
pauvre enfant! je crois qu'il ne faut plus songer à ce mariage.



Frédéric. - Mais on n'a
pas refusé, maman... Vous interprétez le silence...



Ratinois. - Le silence des
grands est la leçon des petits! (Changeant de ton.) N'oublie pas les portes et
fenêtres.



Frédéric. - Quand je suis
allé rendre ma visite le lendemain de la demande, M. Malingear a été très
aimable; il m'a donné des conseils pour ma carrière... Il m'a engagé à plaider
les expropriations.



Ratinois. - Bonne
branche... très bonne branche!



Madame Ratinois. - Et
madame Malingear t'a dit: "C'est étonnant! Madame votre mère ne va donc
jamais aux Italiens... Je ne l'ai pas encore aperçue."



Ratinois. - Dès le jour
même, je suis allé louer une loge pour la saison... Et c'est salé, dans ce
théâtre-là!



Madame Ratinois, - C'est
un sacrifice momentané.



Elle se rassied.


Ratinois. - Je l'ai
compris... Quand on a l'ambition d'entrer dans une pareille famille; il faut
faire les choses dignement. Aussi, lorsque tu m'as fait observer qu'on ne
pouvait aller aux Italiens à pied... je me suis empressé de prendre une voiture
au mois... ce qui est encore très salé!



Madame Ratinois. - Puisque
c'est l'usage.



Ratinois, s'asseyant. - Je
ne dis rien; il faut faire les choses dignement... Seulement, s'il m'avait été
permis de choisir le théâtre... je n'aurais, pas choisi celui-là!



Madame Ratinois. -
Pourquoi?



Ratinois. - Ils donnent toujours
la même pièce... Voilà quatre fois que nous y allons:... quatre fois Rigoletto!
D'abord, c'est en italien... on n'y comprend rien!



Madame Ratinois. - Toi!


Ratinois. - Toi non plus!
Tu as beau crier: "Brava! brava!" pour te faire remarquer, je te défie
de me raconter la pièce.



Madame Ratinois. -
J'applaudis la musique.



Ratinois. - Laisse-moi
donc tranquille... Tu clignes de l'oeil au second acte.



Madame Ratinois, vivement.
- Je ferme les yeux, mais je ne dors pas; c'est du recueillement.



Ratinois. - Allons donc,
c'est du ronflement!



Frédéric. - Mais, mon
père, nous avons le plaisir de voir M. et madame Malingear... avec leur
demoiselle.



Ratinois. - Oui! nous les
saluons de notre loge; ils nous saluent de la leur... et voilà! Ca peut durer
une infinité de Rigoletto comme ça! Par exemple, il y a une chose contre
laquelle je proteste formellement!



Madame Ratinois. - Quoi
donc?



Ratinois, se levant. -
Pour faire croire aux Malingear que nous avons des relations, tu me forces à
distribuer des salutations à un tas de gens que je n'ai jamais vus.



Madame Ratinois, se
levant. - Puisqu'ils te les rendent!



Ratinois. - Pas tous!...
pas tous!... L'autre jour, je suis tombé sur un. ministre plénipotentiaire...
Je lui ai fait, comme ça, de la main...



Madame Ratinois. - Eh.
bien?



Ratinois. - Eh bien, il
m'a lorgné avec une certaine raideur... C'est très désagréable!



Frédéric, se levant et
remettant des papiers. - Papa, voici tes quittances.



Ratinois, les mettant dans
sa poche. - Merci, mon enfant.



Madame Ratinois, à Frédéric,
qui prend son chapeau. - Tu sors?



Frédéric. - Oui; une
course à faire.



Ratinois. - Dis donc,
prends la voiture... Elle est au mois... il faut l'utiliser...



Frédéric. - Si vous ne
vous en servez pas?...



Ratinois. - Moi? Jamais!
Ils sont là deux grands coquins de chevaux qui piaffent toute la journée... ils
dépavent la cour.



Frédéric. - A tantôt! (A
part.) Emmeline était au Bois hier... elle y sera peut-être aujourd'hui.



Il sort.


Madame Ratinois. - Je vais
écrire à ma couturière.



Ratinois. - Pour quoi faire?


Madame Ratinois. - Eh
bien, pour lui commander des robes.



Elle sort par la gauche.


Scène II


Ratinois; puis Robert


Ratinois, seul. - Oui, des
robes, pour les Italiens! avec des corsages... rigoletto... C'est encore très
salé ça! Nous ferons nos petits comptes à la fin du mois!



Robert, entrant par le
fond. Il porte des boucles d'oreilles. - Bonjour, Ratinois!



Ratinois. - Tiens, c'est
l'oncle Robert!



Ils se donnent la main.


Robert. - Tout le monde va
bien?



Ratinois. - Oui, Frédéric
vient de sortir.



Robert. - Et ma nièce?


Ratinois. - Elle est là.
Je vais la prévenir.



Robert. - Non, ne la
dérange pas... Je passais dans le quartier; je n'ai qu'un instant... il faut
que je sois à Bercy à trois heures... j'attends un bateau de charbon.



Ratinois. - Toujours en affaires!
Vous ne vous reposerez donc jamais?



Robert. - Le plus tard
possible... Vois-tu, Ratinois, quand on est venu à Paris avec douze sous dans
sa poche... et qu'on a commencé sur le port... car j'ai commencé sur le port...



Ratinois. - Je sais... je
sais... (A part.) C'est drôle! depuis que je vais dans un certain monde, je le
trouve commun, l'oncle Robert!



Robert. - Eh bien, je n'en
suis pas plus fier pour ça...



Ratinois. - Parbleu! (A
part.) Ses boucles d'oreilles sont odieuses!



Robert. - Parce que je me
dis: "L'homme vaut ce qu'il vaut!"



Ratinois. - Dites donc, ça
ne vous gêne pas!...



Robert. - Quoi donc?


Ratinois, montrant les
boucles d'oreilles. - Eh bien, ces machines-là.



Robert. - Non; je porte ça
de naissance... Tu ne les trouves pas jolies?...



Ratinois. - Je ne dis pas
ça; mais, dans le cas où ça vous aurait gêné... vous auriez pu les ôter.



Robert, naïvement. - Je te
remercie... ça ne me gêne pas.



Ratinois. - Il y tient!


Robert. - Je te disais
donc que l'homme vaut ce qu'il vaut... Toi, tu as été confiseur...



Ratinois. - Chut!


Robert. - Moi, je suis
marchand de bois...



Ratinois. - Chut!


Robert. - Quoi?


Ratinois. - Il est inutile
de dire que j'ai été confiseur, et de crier que vous êtes marchand de bois!



Robert. - Je ne rougis pas
de ma profession... Trouves-en une plus belle!



Ratinois. - Magnifique!
elle est magnifique!...



Robert. - Eh bien, alors?


Ratinois. - Mais tout le
monde ne peut pas suivre cette... belle carrière...



Robert. - Non, certes.


Ratinois. - Eh bien, quand
vous criez: "Je suis marchand de bois!" c'est comme si vous disiez
aux autres: "Imbéciles! vous ne l'êtes pas, vous... et moi je le
suis!..." C'est de la gloriole!



Robert. - Ah! si c'est ça,
je me tais!... (Tirant sa montre.) Deux heures et demie! Bonjour! vous me
reverrez tantôt!



Ratinois, étonné. - Ah!


Robert. - C'est
aujourd'hui la fête de ta femme... 22 avril.



Ratinois. - C'est ma foi
vrai! je l'avais oublié!...



Robert. - En revenant, je
passerai sur le quai aux fleurs, et j'achèterai un oranger...



Ratinois. - Oui, votre
surprise de tous les ans!



Robert. - C'est encore ce
qu'il y a de mieux.



Ratinois. - Vous dînerez
avec nous... nous n'avons personne!



Robert. - Ça va!... Mais
pas de cérémonies.



Ratinois. - Soyez
tranquille! Ce n'est pas pour vous que nous ferions des façons. Ainsi, à six
heures?



Robert. - C'est convenu.
Ah çà! et Frédéric... vous ne voulez donc pas le marier, ce garçon-là?



Ratinois. - Il y a
peut-être quelque chose en train.



Robert. - Ah! quelque
chose de bien?



Ratinois. - Oh! un parti
inespéré.



Robert. - Un marchand de
bois?



Ratinois. - Pas tout à
fait! Malheureusement, ça ne marche pas... ça traîne.



Robert. - Il faut chauffer
ça! Veux-tu que j'aille voir la famille?



Ratinois, effrayé. - Non,
merci! (A part.) S'il se rencontrait avec la duchesse!...



Robert. - Tu sais ce que
je t'ai dit: "Je n'ai pas d'enfants, je suis riche; le jour du mariage, je
ferai un cadeau, un beau cadeau!"



Ratinois. - Ce brave oncle
Robert!



Robert. - Adieu! à
tantôt!... Surtout ne parle pas de ma. surprise... l'oranger...



Ratinois. - Ne craignez
rien!



Robert sort.


Scène III


Ratinois; puis Joséphine;
puis Madame Ratinois



Ratinois, seul. - Quel
excellent homme! Il adore Frédéric, il est capable de lui donner douze couverts
d'argent. Pauvre garçon! son mariage ne se fera pas. Nous avons visé trop haut,
c'est dommage!



Joséphine, entrant. - Il y
a là un monsieur et une dame qui demandent Monsieur.



Ratinois. - Ont-ils dit
leur nom?



Joséphine. - M. et madame
Malingear.



Ratinois, sautant. -
Eux?... Ah! sapristi! ah! saprédié!... Où est ma femme?... (A Joséphine.)
Attendez! on n'entre pas! (Appelant.) Constance! Constance!



Madame Ratinois, entrant
vivement. - Ah! mon Dieu! qu'y a-t-il?



Ratinois. - Ils sont là!


Madame Ratinois. - Qui ça?


Ratinois. - Le père et la
mère... Que faire?



Madame Ratinois. - Il faut
les recevoir... ils viennent rendre réponse.



Ratinois. - Eux-mêmes!...
Tu crois?



Madame Ratinois. -
Parbleu! (A Joséphine.) Faites entrer! Ah! mon Dieu! et les housses!



Ratinois. - Oui, les
housses!... ôtons les housses! (A Joséphine.) Attendez!... on n'entre pas!...
aidez-nous!... (Tous trois se mettent à ôter les housses.) Quel événement!
quelle journée!



Madame Ratinois. - Allons,
de l'aplomb, du courage! et surtout ne me tutoie pas!



Ratinois. - Pourquoi?


Madame Ratinois. - Pour
faire comme eux! (A Joséphine, qui a jeté les housses dans un cabinet voisin.)
Faites entrer!



Joséphine sort.


Ratinois, à sa femme. -
Mets-toi au piano, fais des roulades!... (Apercevant une chaise, au fond,
garnie de sa housse.) Ah! nous en avons oublié une!



Il y court vivement. On
entre.



Scène IV


Les Mêmes, M. et Mme
Malingear



Madame Ratinois, à madame
Malingear. - Ah! chère madame, que je suis heureuse de vous voir!



Malingear. - Nous avons
bien des reproches à nous faire... Nous vous devions une visite.



Madame Malingear. - Mais
le docteur est si occupé... si occupé!...



Madame Ratinois. -
Donnez-vous donc la peine de vous asseoir...



Ils s'assoient.


Malingear. - Est-ce que
nous n'aurons pas le plaisir de voir M. Ratinois?...



Ratinois, qui est resté au
fond, cherchant à dissimuler sa housse, a fini par la fourrer dans un coffre à
bois.



Ratinois. - Me voilà!...
j'arrive! (Malingear se lève.) J'étais dans mon cabinet de travail. (Saluant.)
Docteur!... Chère madame, oserai-je vous demander des nouvelles de votre
précieuse santé?



Madame Malingear. - Cela
va... sauf les migraines.



Madame Ratinois. - C'est
comme moi... je suis perdue de migraine.



Ratinois. - Moi aussi,
perdu de migraines!



Il s'assoit, ainsi que
Malingear.



Madame Malingear. - Vous
verra-t-on aux Italiens, demain?



Madame Ratinois. - Oh!
certainement! bien certainement!



Ratinois. - Qu'est-ce
qu'on donne?...



Malingear. - Rigoletto!


Ratinois. - Ah tant mieux!
ah! tant mieux!



Madame Malingear. - C'est
une musique dont on ne se lasse jamais!



Ratinois. - Oh! que c'est
bien vrai!



Madame Ratinois. - Il y a
surtout le finale!...



Tous. - Ah! charmant!
charmant!



Madame Malingear. - Et
l'andante?



Ratinois. - Ah! c'est
radieux! radieux! radieux!...



Malingear, à part. - C'est
un fanatique, le beau-père! Moi, je suis comme ma femme, je n'entends rien à la
musique.



Moment de silence.


Madame Malingear, à son
mari. - Mon ami, nous abusons des moments de M. et madame Ratinois!



Madame Ratinois. - Par
exemple!...



Ratinois. - Je n'ai rien à
faire... je suis retiré du commerce!



Malingear.- Ah! vous étiez
dans le commerce?



Ratinois. - Oui.


Madame Malingear. - Quelle
partie?



Ratinois, embarrassé. -
Mais... j'étais...



Madame Ratinois, vivement.
- Raffineur... Mon mari était raffineur.



Malingear. - Ah! c'est de
la haute industrie!



Ratinois, à part. - Confiseur...
raffineur... c'est toujours dans le sucre!...



Madame Malingear, à part.
- Les raffineurs sont tous millionnaires! (Nouveau silence.) Docteur, vous
oubliez que nous devons une réponse...



Malingear, se levant. -
C'est juste! (Se posant.) Madame... et vous, monsieur, vous avez eu la bonté de
nous adresser, il y a quinze jours, une demande qui nous flatte autant qu'elle
nous honore!...



M. et Madame Ratinois,
s'inclinant. - Docteur... Madame!...



Malingear. - Les
renseignements que nous avons dû prendre, tant sur M. votre fils que sur la
famille à laquelle il a l'honneur d'appartenir... ces renseignements qui
n'avaient et ne pouvaient avoir aucun caractère inquisitorial, soyez-en
persuadés... ces renseignements, dis-je, nous ont amenés à penser qu'il y avait
lieu de prendre en considération sérieuse... les ouvertures flatteuses que vous
avez bien voulu nous faire!



Il se rassied.


Ratinois, se levant et
très ému. - Docteur; je crois être le fidèle interprète des sentiments de
madame Ratinois... et des miens propres... et de ceux de mon fils Frédéric...
avocat... en vous disant, avec une émotion... que vous comprendrez... car c'est
celle d'un père... et vous êtes mère, madame... en vous disant: Docteur,
recevez en ce jour les bénédictions... et la gratitude affectueuse d'une
famille... qui... que... je dirai plus! d'une famille qui... (Avec effusion.)
Enfin, voulez-vous dîner avec nous?



On se lève.


Madame Malingear, surprise. - Hein?


Malingear. - Comment!... aujourd'hui?...


Madame Ratinois. - Oh! ce
serait charmant!



Madame Malingear. - Un
autre jour... plus tard!...



Ratinois. - Un tel
honneur... serait du bonheur!...



Madame Ratinois. - Nous
serions en famille!



Ratinois. - Voyons,
docteur?...



Madame Ratinois. -
Madame?...



Malingear. - Allons, nous
ne voulons pas vous refuser; mais, à une condition...



Ratinois. - Laquelle?...


Malingear. - C'est que
vous ne ferez aucune espèce de cérémonie.



Ratinois. - C'est Convenu.


Madame Ratinois. - Notre
ordinaire... rien que notre ordinaire! (Elle sonne.) Vous permettez?... (Bas à
Joséphine qui entre.) Allez me chercher tout de suite le gérant de M. Chevet,
au Palais-Royal.



Joséphine, étonnée. -
Comment?...



Madame Ratinois. - Vite!
vite!



Joséphine sort.


Madame Malingear, à madame
Ratinois. - Il est bien entendu que nous ne ferons pas de toilette.



Madame Ratinois. - Nous
resterons comme nous sommes.



Malingear. - Maintenant,
je vous demanderai quelques minutes d'entretien, mon cher Ratinois.



Ratinois. - Je suis tout à
vous! (A part.) Il m'a appelé Ratinois! Si nous pouvions nous tutoyer un jour!



Malingear. - Nous avons à
causer de nos petits arrangements.



Ratinois, à part. - De la
dot! (Haut.) J'espère que nous n'aurons pas de difficulté. Si vous voulez
passer dans mon cabinet?...



Malingear. - Après vous,
Ratinois.



Ratinois. - Par
exemple!... (Il le fait entrer. A part.) Ratinois!... Je n'ose pas encore
l'appeler Malingear!...



Il sort à gauche.


Scène V


Madame Ratinois, Madame
Malingear



Madame Ratinois. - Ah! que
Frédéric va être heureux!



Madame Malingear. - Entre
nous, je crois qu'il ne déplaît pas à ma fille.



Madame Ratinois. - Chère
enfant! Je vous promets de l'aimer comme une mère!



Madame Malingear. -
Voulez-vous que nous Causions un peu de leur petite installation?...



Madame Ratinois. - Oh!
bien volontiers.



Madame Malingear. - Dès
demain, nous leur chercherons un appartement.



Madame Ratinois. - Un
entresol?



Madame Malingear. - Oh!
c'est bien bas, un entresol... Un second.



Madame Ratinois. - C'est
bien haut, un second.



Madame Malingear. - Alors
un premier?... C'est une affaire de cinq à six mille francs.



Elles s'asseyent.


Madame Ratinois. - Mettons
six mille francs.



Madame Malingear, prenant
une carte dans un petit portefeuille. - Attendez, je vais écrire sur cette
carte... (Ecrivant.) Loyer, six mille francs.



Madame Ratinois. - Toilette...
c'est important!



Madame Malingear. - Il est
bien difficile, à une femme qui voit un certain monde, de s'en tirer à moins de
quatre à cinq mille francs... C'est ce que je dépense.



Madame Ratinois. - Moi
aussi. Mettons six mille francs.



Madame Malingear,
écrivant. - Toilette, six mille francs. (A part.) A la bonne heure, elle ne
lésine pas!



Madame Ratinois, à part. -
Moi qui n'ai dépensé que neuf cents francs l'année dernière, et Ratinois m'a
grondée.



Madame Malingear. -
Voiture... Pensez-vous qu'ils puissent se donner une voiture?...



Madame Ratinois. - Dame!
(A part.) Ça dépendra de la dot.



Madame Malingear. - Il est
tout à fait désagréable, pour une jeune femme, de piétiner dans la boue...
surtout avec les robes qu'on fait aujourd'hui.



Madame Ratinois. - Oh!
c'est impossible!... Il y a bien les voitures de place.



Madame Malingear. - Les
fiacres? Oh! ne me parlez pas de ces vilaines boîtes!



Madame Ratinois, vivement.
Je n'en parle pas.



Madame Malingear. - C'est
noir... c'est étroit!...



Madame Ratinois. - Et
Sale! On ne m'y ferait monter pour rien au monde. (A part.) Je vais toujours à
pied.



Madame Malingear. - Je
pense qu'un petit coupé...



Madame Ratinois. - Avec
deux petits-chevaux...



Madame Malingear. - Et un
petit cocher...



Madame Ratinois. - Mettons
six mille francs.



Madame Malingear,
écrivant. - Coupé, six mille... (A part.) Ces raffineurs, ça marche sur l'or!
(Haut.) Frais de maison, table...



Madame Ratinois. - Mettons
six mille francs.



Madame Malingear. - C'est
assez... (Additionnant.) Six, douze, dix-huit, vingt-quatre. Total,
vingt-quatre mille francs... Cela me paraît bien.



Elle laisse la carte sur
la table.



Madame Ratinois. - Ce
n'est pas trop. (A part.) Ils doivent donner une dot formidable.



Elles se lèvent.


Scène VI


Les Mêmes, Ratinois, Malingear


Malingear, sortant de la
gauche, suivi de Ratinois. - C'est convenu, Ratinois vous avez ma parole.



Ratinois. - Et vous la
mienne, Malingear! (A part.) Je me suis risqué!



Malingear, aux dames. -
Nous sommes complètement d'accord...



Ratinois. - Complètement,
Malingear.



Madame Malingear, bas à
son mari. - Combien?...



Malingear, bas. - Cent
mille.



Madame Malingear, à part
étonnée. - Pas plus?...



Madame Ratinois, bas. -
Combien?...



Ratinois, bas. - Cent
mille.



Madame Ratinois, à part. -
Que ça?



Madame Malingear, bas à
son mari. - Sortons, j'ai à te parler.



Malingear. - Nous vous
demandons la permission de nous retirer... Quelques clients à voir!



Ratinois. - La
duchesse?...



Madame Ratinois. - Nous
vous attendrons à six heures! (A madame Malingear.) Et, surtout, pas de
toilette!



Madame Malingear. - Oh!
c'est bien convenu. (Saluant.) Madame...



Ratinois. - Adieu,
Malingear!



Ils sortent par le fond.


Scène VII


Ratinois, Madame Ratinois;
puis Joséphine



Ratinois. - Ah! voilà une
bonne affaire conclue.



Madame Ratinois. - Cent
mille francs! ce n'est pas sérieux!



Ratinois, étonné. - Quoi
donc?...



Madame Ratinois. - C'est
d'une mesquinerie!... Cent mille francs!



Ratinois. - Mais je ne
donne pas plus, moi.



Madame Ratinois. - Quelle
différence! Notre fils a une profession... il est avocat!



Ratinois. - Mais il ne
plaide jamais.



Madame Ratinois. - Il ne
plaide pas, parce qu'il n'a pas de causes!



Ratinois. - C'est juste.
(Par réflexion.) Mais, s'il n'a pas de causes, c'est comme s'il n'était pas
avocat.



Madame Ratinois. - Cela
viendra; l'avenir est à lui!... Je ne comprends pas que tu aies accepté ce
chiffre!



Ratinois. - Un jeune
ménage qui a dix mille francs de rente... c'est pourtant gentil.



Madame Ratinois. - C'est
la misère!



Ratinois. - Ah! par
exemple!



Madame Ratinois, lui
donnant la carte restée sur la table. - Tiens, vois plutôt.



Ratinois. - qu'est-ce que
c'est que ça?



Madame Ratinois. - Le
budget des enfants, que Madame Malingear a jeté sur cette carte pendant que
vous étiez là!



Ratinois, lisant. - Loyer,
six mille francs... toilette... coupé... vingt-quatre mille francs!



Madame Ratinois. - Et nous
avons oublié les enfants!



Ratinois. - Qu'est-ce que
cela prouve?... Ce budget, on peut le réduire.



Madame Ratinois. - Oh! si
mademoiselle Malingear était une jeune fille simple, élevée dans des principes
d'ordre, d'économie... comme nous... une petite bourgeoise enfin, tout irait
pour le mieux... Mais une demoiselle qui prend des leçons de Duprez, qui peint
des tableaux à l'huile... et ne saurait seulement pas recoudre un bouton à son
mari...



Ratinois. - Il est vrai
qu'en fait de couture...



Madame Ratinois. - Elle
fait des roulades... Elle a été toute sa vie bercée dans la soie et la
dentelle... Il lui faut un appartement au premier, une voiture, un cocher... Je
ne trouve pas cela mal, mais alors on apporte une dot... une dot sérieuse!



Ratinois. - Voyons, ne
t'emporte pas! Frédéric aime la petite... et si on lui parle de rompre ce
mariage...



Madame Ratinois. - Il
n'est pas question de rompre! Les Malingear sont riches... très riches... des
gens qui ont un chasseur!



Ratinois. - Ça, je l'ai
vu; sept à huit pieds!



Madame Ratinois. - Eh
bien, qu'ils donnent plus! Il faut que tu reparles au père... Il va venir?



Ratinois. - Oui... Comme
ça, il faut que je reparle?...



Madame Ratinois. - Quoi!
tu as l'air de ne pas comprendre...



Ratinois. - Si... si!...
mais c'est difficile à dire à un monsieur: "Les cent mille francs que je
donne, moi, suffisent!... mais les vôtres ne suffisent pas!" C'est très
difficile.



Madame Ratinois. - Bah! il
est vaniteux, il faut le piquer... le prendre par l'amour-propre... Offre
toi-même de donner quelque chose de plus... ça le mettra sur la voie...



Ratinois. - C'est que nous
ne pouvons pas aller bien loin... avec dix-sept mille francs de rente.



Madame Ratinois. - On
propose un cadeau... une misère...



Ratinois. - Douze
couverts... d'argent. (A part.) Ceux de l'oncle Robert.



Joséphine; entrant. -
Madame, c'est le maître d'hôtel de M. Chevet que vous avez fait demander...



Madame Ratinois. - Qu'il
entre!



Joséphine sort.


Ratinois. - Constance, je
n'ai pas besoin de te recommander de faire les choses dignement?



Madame Ratinois. - Sois
tranquille.



Scène VIII


Les Mêmes, Le Maître
d'Hôtel; puis Frédéric



Le Maître d'Hôtel, entrant
et saluant. Il est en habit. - Madame...



Madame Ratinois. -
Monsieur, nous avons un dîner.



Ratinois, assis. - Un
grand dîner...



Le Maître d'Hôtel. -
Combien de personnes?...



Madame Ratinois. - Nous
sommes... six.



Ratinois. - Mais vous
ferez comme pour douze... Nous recevons un personnage... le docteur
Malingear... dont vous avez sans doute entendu parler?



Le Maître d'Hôtel. - Non,
monsieur.



Ratinois. - Ah! après ça,
il ne traite que les gens comme il faut.



Le Maître d'Hôtel. - Voici
ce que je proposerai à Madame: deux potages... bisques et potage à la reine.



Ratinois. - Y a-t-il des
truffes?...



Le Maître d'Hôtel. - Non,
monsieur... Il n'y a pas de potages aux truffes.



Ratinois. - C'est dommage!


Madame Ratinois. -
Après?...



Le Maître d'Hôtel. -
Relevé...



Frédéric, entrant. - Me
Voilà!



M. et Madame Ratinois. -
Frédéric!



Ratinois, se levant. - Tu
ne sais pas?... ils sont venus.



Frédéric. - Qui?


Ratinois. - Les Malingear.


Frédéric. - Ah bah!


Madame Ratinois. - Tu
plais à la demoiselle.



Ratinois. - Au père, à la
mère; tout est arrangé.



Frédéric. - Est-il
possible?



Madame Ratinois, ouvrant
ses bras. - Ah! mon enfant!



Ils s'embrassent.


Ratinois, ouvrant ses bras.
- Et moi?...



Frédéric. - Mon père!


Ils s'embrassent.


Le Maître d'Hôtel, ne
sachant quelle contenance faire et à part. - Je les gêne!



Il remonte et va regarder
un tableau.



Ratinois. - Je les ai
invités à dîner pour ce soir.



Frédéric. - Ah! quelle
bonne idée!



Madame Ratinois. - Et nous
sommes en train de commander le menu...



Ratinois. - Voici le
maître d'hôtel! Eh bien, où est-il donc? (L'appelant.) Hé! monsieur!...



Le Maître d'Hôtel,
descendant. - Pardon!...



Ratinois, à Frédéric. -
Nous étions au relevé... Tu vas nous aider.



Le Maître d'Hôtel. -
Relevé... la carpe du Rhin à la Chambord, flanquée de truffes.



Ratinois. - Très bien!...


Le Maître d'Hôtel. - Avec
des crevettes en boucles d'oreilles.



Ratinois, tout à coup. -
Ah! sapristi!...



Frédéric et Madame Ratinois.
- Quoi donc?



Ratinois. - J'ai invité
l'oncle Robert!... Les boucles d'oreilles m'y font penser.



Madame Ratinois. - Lui?
C'est impossible!



Frédéric. - Pourquoi?...


Madame Ratinois. - Nous ne
pouvons pas le faire asseoir à la même table que les Malingear!



Le Maître d'Hôtel. - Je
les gêne!



Il remonte au tableau.


Frédéric. - Mais c'est Mon
oncle, un si brave homme!



Ratinois. - Oui; mais il
n'est pas de notre monde... D'abord il a une manière de manger... il met son
couteau dans sa bouche.



Madame Ratinois. - Et il
prend dans le plat avec sa fourchette.



Ratinois. - Et il verse le
vin dans son bouillon! Ça peut être bon pour l'estomac; mais c'est horrible à
l'oeil nu.



Frédéric. - Ce n'est pas
une raison.



Ratinois. - Voyons, mon
ami, raisonnons! Ce n'est pas au moment où nous faisons le sacrifice d'un
magnifique dîner que nous allons le déparer?... Car, enfin, quelle figure
veux-tu que fasse l'oncle Robert en face d'une carpe du Rhin à la Chambord? Il
aura l'air d'un plat de choux! Veux-tu servir un plat de choux?...



Madame Ratinois. - Nous
l'inviterons pour demain.



Ratinois. - A manger les
restes... c'est convenu. Continuons... Après la carpe?... (Cherchant le Maître
d'Hôtel.) Et bien, où est-il donc? (L'appelant.) Hé! monsieur?... Il s'en va
toujours!



Le Maître d'Hôtel,
revenant. - Pardon!...



Ratinois. - Après la
carpe?...



Le Maître d'Hôtel. -
Entrée: filet de bœuf braisé aux pois nouveaux...



Ratinois. - Avec des
truffes?



Le Maître d'Hôtel. - Si
vous le désirez.



Ratinois. - Parbleu!...


Le Maître d'Hôtel. - Rôti
faisan doré de la Chine... aux truffes.



Ratinois. - Très bien! (A
Frédéric.) Vois-tu l'oncle Robert en présence d'un faisan doré de la Chine?...
Il serait gêné, cet homme!



Le Maître d'Hôtel. - Pour
entremets, je voulais offrir des truffes à la Lucullus en surprise... mais vous
avez déjà beaucoup de truffes.



Ratinois. - Ça ne fait
rien, ça ne fait rien!...



Madame Ratinois. - Servez
les truffes à la Lucullus... Ah! j'ai dîné dernièrement dans une maison où l'on
changeait de couteau et de fourchette à chaque plat.



Le Maître d'Hôtel. - Cela
se fait partout, maintenant.



Madame Ratinois. - C'est
que je n'ai que vingt-quatre couverts...



Ratinois. - Eh bien, vous
ne me changerez pas le mien.



Frédéric. - Ni le mien.


Madame Ratinois. - Ni le
mien.



Le Maître d'Hôtel. - On
lavera au fur et à mesure.



Ratinois. - C'est juste.
(A part.) Il est intelligent!... (Haut.) Voyons le dessert maintenant...



Le Maître d'Hôtel. - Pour
Milieu, je vous proposerai une pièce de pâtisserie montée.



Ratinois. - Quelque chose
de très haut!



Le Maître d'Hôtel. - C'est
une tour de Nankin en buisson d'ananas, surmontée d'un Chinois filé en sucre.



Madame Ratinois. - Oh!
cela doit être charmant!...



Ratinois. - Qu'est-ce que
vous vendez ça?



Le Maître d'Hôtel. -
Soixante-quatre francs.



Ratinois. - Ah!
permettez!... les sucreries, ça me connaît, en ma qualité d'ancien...



Madame Ratinois, Vivement.
- C'est bien!... Nous verrons... nous réfléchirons.



Le Maître d'Hôtel. - Quand
Madame voudra, c'est tout prêt. Quelle marque préférez-vous pour le champagne?...
du Moët ou de la Veuve?



Madame Ratinois. - De la
Veuve?



Ratinois. - Quelle
veuve?...



Frédéric. - La veuve
Clicquot... C'est le meilleur.



Ratinois. - Et qu'est-ce
que vous vendez ça?



Le Maître d'Hôtel. - Douze
francs... le Moët n'est que de six.



Ratinois. - Alors, nous
verrons... nous réfléchirons.



Madame Ratinois. -
Faites-nous le dîner pour six heures précises.



Le Maître d'Hôtel. -
Madame peut être tranquille.



Fausse sortie.


Ratinois, le rappelant. -
Ah! monsieur le maître d'hôtel!



Le Maître d'Hôtel. -
Monsieur?...



Ratinois. - Il y a un plat
auquel je tiens essentiellement... mais je ne sais pas son nom. On le sert tout
à la fin... c'est de l'eau chaude avec de la menthe qu'on boit...



Le Maître d'Hôtel. - Ce
sont des bols.



Frédéric. - Ça ne se boit
pas!



Ratinois, étonné. -
Tiens!... moi, j'ai bu!...



Le Maître d'Hôtel,
sortant, à part. - En voilà des épiciers!...



Il disparaît.


Ratinois. - Allons, je
crois que nous aurons un joli petit dîner... On en parlera!...



Madame Ratinois. - Nous
avons oublié le plus important.



Ratinois. - Quoi donc?


Madame Ratinois. - Les
Malingear ont un chasseur, il faut absolument que nous montrions une livrée.



Ratinois. - C'est vrai.


Frédéric. - A quoi bon?


Ratinois. - Il faut faire
les choses dignement.



Madame Ratinois, à part. -
Le locataire du premier... un créole... est parti pour la campagne, et a laissé
ses domestiques... si je pouvais... (Haut.) Viens, Frédéric, j'ai besoin de
toi... des commissions à te donner.



Frédéric. - Je te suis,
maman.



Ils sortent tous les deux.


Scène IX


Ratinois; puis Robert


Ratinois. - Une livrée!...
Nous n'avons que Joséphine!



Robert, entrant. - Me voilà!


Ratinois. - L'oncle
Robert!



Robert. - Je suis en
avance, mais je t'apporte un appétit!...



Ratinois, à part. - Ca
tombe bien!... Il faudrait trouver un moyen de le désinviter en douceur.



Robert. - En passant, je
suis entré chez Lesage, et j'ai acheté un pâté... Je l'ai remis à Joséphine.



Ratinois. - Ah! ce brave
oncle Robert, qui a pensé à nous.



Robert. - Veau et cœur de
jambon.



Ratinois. - Ah! mon Dieu!
mais j'y pense...



Robert. - Quoi?...


Ratinois. - Répondez-moi
franchement: je crois que je vous ai invité à dîner?



Robert. - Certainement.


Ratinois. - Là! j'en étais
sûr!



Robert. - Eh bien?...


Ratinois. - Eh bien, c'est
impossible, nous dînons en ville! Ma femme vient de me le rappeler.



Robert. - Ah! c'est
ennuyeux!



Ratinois. - C'est chez les
Blanchard. Pas moyen de refuser... Ils ont reçu du gibier.



Robert. - Je comprends ça.


Ratinois. - Ainsi, vous
n'êtes pas fâché?



Robert. - Allons donc,
entre nous!... Et mon pâté?



Ratinois. - Nous le
mangerons demain; nous comptons sur vous.



Robert. - C'est convenu! Adieu!
amusez-vous bien!



Ratinois. - A demain!


Robert, revenant. - Une
idée!... J'ai quelque chose à dire aux Blanchard... il se peut que j'aille ce
soir prendre le café avec vous.



Ratinois, à part. - Ah
diable!



Robert. - A ce soir.


Il sort par le fond.


Scène X


Ratinois; puis Frédéric;
puis Un Domestique



Ratinois. - Me voilà bien!
Il ne nous trouvera pas chez les Blanchard, ça va faire une histoire!



Frédéric, entrant, chargé
de livres avec un stéréoscope. - Voici nos acquisitions.



Ratinois. - Qu'est-ce que
tu as acheté?...



Frédéric. - C'est un album
de photographies... Maman m'a dit de le placer sur la table en évidence... on
croira que ce sont nos connaissances.



Ratinois. - C'est une
bonne idée!... (Feuilletant l'album.) Lord Palmerston!... Le comte
Gortchakov... Horace Vernet... Léotard...



Frédéric, lui montrant une
petite boîte. - Ceci est pour toi.



Ratinois. - Qu'est-ce que
c'est?... une chaîne?



Frédéric. - Pour attacher
ta montre.



Ratinois. - Je la crois
plus grosse que celle de Malingear! (Il attache sa montre après.) C'est
magnifique! Ça fera un effet superbe!



Frédéric. - Elle est en
imitation... il ne faut pas le dire.



Ratinois, indigné. - Du
faux!... (Par réflexion.) Après ça, quand le faux à l'air vrai... ce n'est plus
du faux! (Un grand domestique en livrée entre par le fond avec deux lampes
allumées. A Frédéric.) Qu'est-ce que c'est que celui-là! le connais-tu?...



Frédéric. - Non!


Ratinois, au domestique
qui pose les lampes sur la cheminée. - Mon ami, d'où sortez-vous?...



Le Domestique. - Je suis
le domestique du premier.



Ratinois. - Ah! très bien!
(A Frédéric.) C'est un emprunt!... Il est superbe! (Regardant le domestique qui
sort.) Mais moins grand que celui de Malingear.



On entend un bruit de
voiture.



Frédéric, courant à la
fenêtre. - Une voiture! Ce sont eux!



Ratinois. - Et ma femme
qui n'est pas là!... (Appelant.) Constance! Constance!...



Scène XI


Les Mêmes, M. et Mme
Malingear, en grande toilette, robe dorée, Emmeline; puis Madame Ratinois



La porte du fond s'ouvre
et un petit nègre en livrée annonce



Le Nègre. - M., madame et
mademoiselle Malingear.



Ratinois, à part. - Un
nègre, à présent!... Comme les femmes entendent la mise en scène! (Allant au
devant des Malingear.) Monsieur... madame... mademoiselle!...



Frédéric, saluant. -
Mademoiselle Emmeline!...



Madame Malingear, bas à
son mari. - Ils ont un nègre! avez-vous remarqué?...



Malingear. - Oui! Ces
raffineurs, ça ne se refuse rien!...



Ratinois, à Madame
Malingear. - Oh! chère madame... ce n'est pas bien!...



Madame Malingear. - Quoi
donc?



Ratinois. - On était
convenu de ne pas faire de toilette, et vous en avez une éblouissante! Mon
petit dîner va pâlir!



Madame Malingear. - Oh!
tout cela est très simple.



Ratinois. - Ma femme n'en
fera pas, elle... et je suis sûr qu'elle vous grondera!... La voici!
(Apercevant la toilette de sa femme, composée de couleurs variées et très
voyantes. A part.) Ah! saprelotte!... un arc-en-ciel!



Madame Ratinois. - Chère
bonne madame... que vous êtes aimable!



Madame Malingear. - Il nous
tardait d'être près de vous. (A part.) Trois rangs de volants... C'est de la
trahison!... (Haut.) L'admirable toilette!



Madame Ratinois. - Elle
n'approche pas de la vôtre... (A part.) Une robe en or... c'est de la mauvaise
foi!



Frédéric. - Maman, veux-tu
que nous passions au salon?



Madame Ratinois. -
Certainement.



Il sort avec Emmeline.


Madame Malingear, bas à
son mari. - Retenez M. Ratinois, et parlez-lui de la dot.



Malingear, bas. - Oui.


Madame Ratinois, bas à son
mari. - Reste avec le beau-père, et parle-lui de la dot.



Ratinois, bas. - Sois
tranquille.



Madame Ratinois, indiquant
la porte du salon. - Madame!...



Elles sortent par la
droite.





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مُساهمةموضوع: رد: La Poudre aux yeux Acte II ---Scènes 8-9-10-11-    الخميس 03 مارس 2011, 21:11

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مُساهمةموضوع: رد: La Poudre aux yeux Acte II ---Scènes 8-9-10-11-    الخميس 03 مارس 2011, 21:24





                                                       
 


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La Poudre aux yeux Acte II ---Scènes 8-9-10-11-
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