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 La Venus d'Ille de Prosper Mérimée

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abdelhalim berri
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مُساهمةموضوع: La Venus d'Ille de Prosper Mérimée   الإثنين 05 مارس 2012, 13:33


La Venus d'Ille de Prosper Mérimée 9



Résumé de la Vénus d'Ille

L'histoire se déroule à Ille, une petite ville du
Roussillon. Le narrateur, un archéologue, s'y rend en compagnie
d'un guide. Ils viennent y rencontrer M. de Peyrehorade, un
antiquaire qui doit leur montrer des ruines antiques se trouvant dans
la région. En chemin vers Ille, le guide informe le narrateur que M.
de Peyrehorade s'apprête à marier son fils, Alphonse, avec Mlle de
Puygarrig, une jeune fille fortunée de la région. Il lui indique
également que l'antiquaire a découvert récemment, dans ses terres,
une statue de Vénus qui date probablement de l'époque romaine. Cette
statue inquiète : d'une part parce qu'elle a des yeux blancs
angoissants, et d'autre part, parce qu'elle a déjà provoqué un
accident : elle est tombée sur Jean Coll, l'un des ouvriers ayant
participé à son exhumation, lui brisant la jambe à cette occasion.

L'accueil à Ille est chaleureux. Le
narrateur dîne chez les Peyrehorade; le maître de maison lui
présente sa femme et son fils. M. de Peyrehorade évoque avec
enthousiasme la statue de Vénus et indique à son hôte qu'il se fait un
plaisir de lui montrer dès le lendemain.

Le narrateur se fait conduire dans sa
chambre. Une fois seul, il ouvre sa fenêtre et aperçoit au loin la
statue . Il assiste aussi à une assez scène insolite : deux jeunes
garçons interpellent la statue. L'un d'eux lui jette une pierre.
Celle-ci rebondit et frappe en retour le front du garnement. Ce
dernier, effrayé, s'enfuit.

Le lendemain matin, c'est M. de Peyrehorade
lui-même qui vient réveiller son hôte; l'antiquaire a hâte de
faire admirer sa Vénus à l'archéologue. Celle-ci a des traits
magnifiques, cependant son visage semble exprimer une certaine
dureté. L'antiquaire fait remarquer à son visiteur l'étrange inscription
figurant sur le socle : "Cave amantem". L'auteur la traduit en ces termes : "prend garde à toi si elle t'aime".
Puis les deux personnages tentent de décrypter d'autres
inscriptions de la statue, notamment celle figurant sur le bras droit de
Vénus . La discussion entre les deux hommes est vive. Les
arguments de l'antiquaire sont quelque peu fantaisistes, mais le
narrateur se garde bien de contredire son hôte. Il se borne à
admirer la statue.

Après le déjeuner, Alphonse, le fils de M.
de Peyrehorade, converse avec le narrateur. Il évoque sa fiancée,
une jeune fille charmante et aussi très riche. Il lui montre
également une jolie bague sertie de diamants, anneau destiné à sa future
épouse.

Le soir, il y a un dîner chez les
Puygarrig, les parents de la future épousée. Le narrateur peut
admirer la grâce et la beauté de la fiancée, mais il note également
l'attitude malicieuse de la jeune fille. De retour à Ille, chez les
Peyrehorade, la discussion porte sur le mariage qui doit avoir lieu le
lendemain. Le narrateur fait remarquer qu'il est assez rare qu'un
mariage ait lieu un vendredi. Il existe une superstition attachée à
ce jour. Mme de Peyrehorade est plutôt contrariée. Mais son mari
s'en tire par une pirouette : il fait remarquer que Vendredi est le jour
de Vénus, la déesse de la beauté.

Le jour du mariage. Le narrateur dessine le
portrait de Vénus, tandis que M. de Peyrehorade offre des roses à
la statue. Il les dispose aux pieds de la déesse et lui demande de
protéger le nouveau couple. Arrive Alphonse, le futur marié, déjà
habillé pour la noce. Il assiste à une partie de jeu de paume opposant
l'équipe locale à une équipe d'espagnols. Les espagnols prennent
rapidement l'avantage. Voulant venir au secours des siens, Alphonse
se jette dans la partie. Mais sa bague de diamants le gêne dans
ses mouvements. Il la retire, et pour ne pas la perdre, il la passe au
doigt de la statue. La partie tourne à l'avantage de l'équipe
locale. Vexé, le capitaine de l'équipe espagnole rumine sa défaite
et marmonne, à l'intention d'Alphonse " Me lo pagaras, tu me le paieras. "

Alphonse remonte dans la calèche pour se
rendre chez sa fiancée. Le parcours a lieu sous les acclamations.
Alphonse se rend compte qu'il a oublié la bague. Il hésite, mais
finalement de peur d'être ridicule, n'envoie personne la chercher. Une
autre bague fera l'affaire.

Après la cérémonie, le déjeuner a lieu chez
les Puygarrig. Durant l'après-midi la jeune mariée fait des adieux
émouvants à sa tante.

Le soir, la réception a lieu chez les
Peyrehorade . Le narrateur est choqué par l'ambiance grivoise et
débridée qui y règne. Heureusement la mariée relève le niveau
général. M. de Peyrehorade offre à l'assistance quelques couplets sur les deux Vénus
: la statue romaine et la jeune mariée. Une fois au salon,
Alphonse confie au narrateur son angoisse soudaine : il ne parvient pas à
retirer l'anneau du doigt de la statue. Le narrateur est dubitatif
. Alphonse lui propose d'aller vérifier lui-même. Mettant cette
affirmation sur le compte d'un repas trop arrosé, le narrateur n'en
fait rien et va se coucher sans avoir rendu visite à la statue. Une
fois dans sa chambre, le narrateur a une longue méditation sur le
mariage.

La nuit est agitée. Le narrateur entend
plusieurs bruits : tout d'abord des pas légers qu'il attribue à la
mariée. Puis il lui semble entendre des pas beaucoup plus pesants
dans l'escalier. Il pense cette fois avoir reconnu les pas du jeune
marié. Au petit matin, il entend à nouveau ces pas lourds puis ce sont
des cris et des plaintes. Le narrateur se lève et court aux
nouvelles. Le jeune marié gît sur le lit nuptial. Il a le corps
couvert de contusions. Sa femme est en proie à une crise
d'hystérie.

Le narrateur examine le corps du marié. Il
n'y décèle aucune trace de sang. Ses soupçons se portent sur le
capitaine de l'équipe espagnole de jeu de paume, mais il ne dispose
d'aucune preuve. En continuant ses investigations, le narrateur
découvre sur le tapis la bague de diamants qui normalement aurait dû se
trouver au doigt de la statue. Il constate aussi qu'il n'y aucune
trace d'effraction dans la maison. Dehors les seules empreintes que
l'on peut relever sont celles qui mènent à la statue.

Le narrateur apprend ensuite de la bouche
du procureur que la mariée est devenue folle. Il lui dévoile la
déposition qu'elle a faite : elle s'est couchée la première. Puis
elle a entendu quelqu'un pénétrer dans la chambre . Elle a pensé que
c'était son mari. Cette personne s'est couchée dans le lit et elle a
senti la présence d'un corps glacé. Plus tard une seconde personne
est entrée dans la chambre, qui cette fois lui a dit ces quelques
mots : "Bonsoir ma petite femme". La jeune mariée a vu
alors la statue qui était dans son lit enserrer son mari jusqu'à
l'étouffer. La jeune femme s'est alors évanouie et n'a retrouvé ses
esprits qu'au petit matin. Elle a alors vu la statue quitter la
chambre.

Le procureur convoque ensuite le capitaine
de l'équipe espagnole. Ce dernier récuse l'accusation et fournit au
procureur un alibi incontestable. Le narrateur, craignant pour sa
réputation, refuse d'explorer la piste "surnaturelle".

Après l'enterrement, le narrateur quitte
Ille et rentre à Paris. Il apprend quelques mois après que M de
Peyrehorade est mort lui aussi et que Mme de Peyrehorade a décidé
de faire fondre la statue pour en faire une cloche. Visiblement
ceci n'a pas suffi à faire disparaître la malédiction, car depuis que
cette cloche sonne, les vignes d'Ille ont déjà gelé deux fois.


Le texte Intégral de La Vénus d'Ille sur le site de l'Académie d'Orléans


Contexte de l'écriture de la Vénus d'Ille


Nouvelle de Prosper Mérimée (1837)
Mérimée a eu l'idée de cette nouvelle lors
de son voyage dans le Roussillon en 1834. Il y avait découvert un
site antique où des fouilles archéologiques avaient révélé un
temple antique dédié à Vénus. Mêlant imagination et érudition
(Mérimée a été inspecteur des Monuments Historiques), il nous offre avec
la Vénus d'Ille, l'une des plus célèbres de ses Nouvelles fantastiques. Dans sa correspondance, Mérimée évoque "une histoire de revenants " : "c'est suivant moi, mon chef d'œuvre".


Ille-sur-la-Têt


Ille-sur-la-Têt est une petite ville de
Catalogne, située sur la route de Perpignan à Prades, à 24 km à
l'ouest de Perpignan. Mérimée a visité cette région au cours de son
voyage dans le midi de la France entre le 12 et le 14 novembre 1834.



Les personnages de la Vénus d'Ille


Le narrateur

Archéologue parisien, il n'est jamais nommé
dans le récit. Il est accueilli très cordialement par M. de
Peyrehorade, antiquaire à Ille, mais il ne peut s'empêcher de
regarder " ces honnêtes provinciaux" avec une certaine
condescendance. Alors qu'il souhaitait simplement satisfaire sa passion
pour l'archéologie, le narrateur se retrouve, malgré lui, plongé au
cœur d'un drame.


M. de Peyrehorade

Notable cultivé d'Ille, M. de Peyrehorade
est antiquaire. C'est lui qui accueille très chaleureusement le
narrateur. C'est un bourgeois de province, qui se prendrait bien
volontiers pour un savant. Il est amoureux d'une statue de Vénus
découverte récemment, dans ses terres. Il mourra quelques mois après la
mort de son fils, sans doute de chagrin.


Alphonse de Peyrehorade

C'est le fils de M. de Peyrehorade. Il doit
épouser, le lendemain de l'arrivée du narrateur, Mlle de
Puygarrig, une jeune fille fortunée de la région. Le jour de son
mariage, il passe bien imprudemment sa bague au doigt de la statue. Il
en mourra.


Mlle de Puygarrig

Mlle de Puygarrig, une jeune fille fortunée
de la région. Elle est belle et raffinée. Elle devient "Mme
Alphonse", en épousant le fils Peyrehorade. Elle perdra dans la
tragédie son mari et selon les témoins son équilibre mental.




Mme de Peyrehorade

L'épouse de M. de Peyrehorade. Elle incarne
l'étroitesse d'esprit de la bourgeoisie provinciale . A la
différence de son mari qui est subjugué par la Vénus, elle, se
méfie : " Savez vous (dit M. de Peyrehorade au narrateur), que ma
femme voulait que je fondisse ma statue pour en faire une cloche à
l'église ?").

A la fin du récit son fils et son mari sont morts, et Mme de Peyrehorade fait fondre la statue pour en faire une cloche .



Quelques jugements sur Mérimée et ses nouvelles

Mérimée, agnostique et qui n'a jamais été
baptisé, nourri de Voltaire, des Encyclopédistes et des Idéologues,
rivalisant avec son ami Stendhal de sarcasmes contre l'Eglise, les
prêtres et toutes les religions, affichait l'impiété, un
matérialisme intrépide, une confiance hautaine dans la science et la
raison. En fait, il n'est sûr de rien, il est torturé par le doute,
obsédé par une présence qu'il n'appelle pas Dieu parce qu'il se
refuse au dogme comme à la révélation, mais qu'il décèle dans les
forces mystérieuses de l'Univers, dans la toute puissance du destin,
dans l'innommable comme dans l'ineffable . Stendhal, lui, n'avait
aucune inquiétude religieuse ni métaphysique : aussi n'a-t-il
jamais écrit de conte fantastique . Pour en rêver, ne fût-ce qu'un
seul, il faut avoir le sens du mystère, de l'au-delà, d'une
transcendance de quelque nature qu'elle soit.




Marcel Schneider, La littérature fantastique en France, Fayard, 1964

Il sait faire vingt pages, où les
romantiques s'évertuent à souffler un volume. Aussi quelle
plénitude dans cette brièveté. Un paysage est complet en cinq ou
six lignes. Les caractères se dessinent par une action significative,
que le romancier a su choisir en faisant abstraction du reste...


Il est simple aussi : ni sensibilité, ni
grandes phrases; un ton uni, comme celui d'un homme de bonne
compagnie qui ne hausse jamais la voix. On peut imaginer l'effet de
cette voix douce et sans accent quand elle raconte les pires atrocités.
Car Mérimée est "cruel", il conte avec sérénité toutes sortes de
crimes, de lâchetés et de vices, les histoires les plus répugnantes
ou les plus sanglantes; ne croyant ni à l'homme ni à la vie, il
choisit les sujets où son froid mépris trouve le mieux à se
satisfaire



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مُساهمةموضوع: رد: La Venus d'Ille de Prosper Mérimée   الإثنين 05 مارس 2012, 13:51

Téléchargez LA VENUS D'ILLE en version mp3

On découvre dans la petite ville d’Ille
une statue de Vénus aux pouvoirs mystérieux et inquiétants. À peine
tente-t-on de l’extraire du sol que déjà survient le premier accident…
Grand classique de la littérature française, cette nouvelle fut écrite
par Prosper Mérimée en 1835.

La Vénus d’Ille. AUDIO


> Télécharger le mp3 (Clic-droit, « Enregistrer sous… »)



> Consulter la version texte de ce livre audio.









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مُساهمةموضوع: é   الإثنين 05 مارس 2012, 13:53

Détails concernant l’auteur :
Prosper Mérimée est né le 28 novembre 1803 et est mot le
28 novembre 1870.
La publication de la Vénus d’Ille a été faite en 1844.
Après avoir fait un voyage dans le Sud de la France, Prosper Mérimée
décide d’écrire le livre nommé "La Vénus d’Ille" en s’inspirant de son
voyage, de monuments qu’il a vus, mais aussi en s’inspirant de sa haute
fonction dans les affaires culturelles et l’histoire de l’Art.

Style de l’Auteur :
Prosper Mérimée est un écrivain du 19ième siècle.
Il est à la fois fantaisiste, sérieux, romantique et classique.

Résumé de l’histoire :
L’histoire se déroule dans le Roussillon, dans le sud de la France.
M. de Pereyhorade est le propriétaire d’une statue de bronze : La Vénus.
Un jour, le narrateur (dont on ne connait pas le nom) apprend que M. de
Pereyhorade veut marier son fils.
A la fin de la première journée, le narrateur aperçoit deux jeunes
lancer une pierre sur la Vénus mais, on ne sait pas si la statue rejette
la pierre ou si c’est la pierre elle même qui rebondit.
Avant le mariage, M.Alphonse, fils de M. de Peyrehorade choisit la bague
pour sa future femme et, étant entrain de jouer au jeu de paume,la
dépose sur le doigt de la Vénus qui, juste avant le mariage ne la lui
rend pas. Alors, M.Alphonse décide d’offrir un anneau simple à Mlle de
Puigarrig. Le soir de la noce, le narrateur entend des bruits dans les
escaliers. M. Alphonse est retrouvé assassiné dans la chambre.
Après l’enterrement de M. Alphonse, son père,M. de Peyrehorade meurt à
son tour. Son épouse décide donc de faire fondre la statue en cloche
pour finalement la mettre dans une église.

Malgré tous ces événements, on ne sait toujours pas qui est l’assassin de M. Alphonse…
Les personnages :
Les personnages principaux sont : le guide de M. de
Peyrehorade ; celui qui a découvert la statue, M alphonse : son fils,
Mlle de Puigarrig : future femme de M. Alphonse, Mme de Peyrehorade :
Femme de M. de Pereyhorade et mère de M.Alphonse, la Vénus : la statue
en bronze, Jean Coll sur la jambe duquel la Vénus est tombée, et le
narrateur dont on ne connait pas le nom.




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مُساهمةموضوع: رد: La Venus d'Ille de Prosper Mérimée   الإثنين 05 مارس 2012, 13:59

Lieu :



Ille-sur-la-Têt est une petite ville de Catalogne, située sur la
route de Perpignan à Prades, à 24 km à l’ouest de Perpignan. Mérimée a
visité cette région au cours de son voyage dans le midi de la France
entre le 12 et le 14 novembre 1834.





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مُساهمةموضوع: رد: La Venus d'Ille de Prosper Mérimée   الإثنين 05 مارس 2012, 14:07




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مُساهمةموضوع: رد: La Venus d'Ille de Prosper Mérimée   الإثنين 05 مارس 2012, 14:21

La Vénus d’Ille - analyse sémiotique


I. La structure générale du récit


Tout récit, étant défini comme la représentation d’un événement, présente une structure générale inscrite sur un axe sémantique.


Pour dégager cette structure il faut tout d’abord observer la situation finale ( S’ ) et rechercher la situation initiale ( S ) correspondante.


Dans La Vénus d’Ille,
la situation finale est caractérisée par la frustration du narrateur
causée par l’irrationnel, par l’absurde dont il vient d’être le témoin
et qui mettent en cause toutes ses convictions. En effet, ce dernier
essaie désespérément d’élucider le meurtre de M. Alphonse tout en
examinant toutes les pistes rationnelles possibles. Tout d’abord, il
évoque les assassins à gages :


« ... Tout d ’un coup je me souvins d ’avoir entendu dire qu ’à
Valence des braves se servaient de longs sacs de cuir remplis de sable
fin pour assommer les gens dont on leur a payé la mort...
» (p .52.).


Ensuite, il porte ses soupçons, comme le fait le procureur chargé de
l’affaire, sur l’Espagnol. Il est vrai que M. Alphonse avait infligé à
ce dernier une défaite humiliante le jour de sa noce et que cela
pourrait constituer le mobile du crime. Par ailleurs, il y a une
certaine ressemblance entre la statue et lui, ce qui pourrait expliquer
les divagations de la jeune mariée. Ainsi, logiquement, la description
de l’Espagnol en fait le suspect numéro un :


"C ’était un homme d’une quarantaine d ’années .. haut de six
pieds, et sa peau olivôtre avait une teinte presque aussi foncée que le
bronze de la Vénus...
" (p. 43).


Et comme les deux mesurent environ six pieds :


« il m ’était difficile de distinguer l’attitude de la statue... sa hauteur qui me parut de six pieds environ..." (p. 29),


une telle accusation paraît justifiée. Mais il pourrait y avoir
d’autres raisons. Certes, on pourrait de cette façon expliquer d’une
manière rationnelle le crime jusque là « mystérieux », mais, d’autre
part, ces explications pourraient aussi (et surtout) appuyer les
convictions du narrateur.


Mais l’Espagnol prouve son innocence :


« . . . enfin l’hôtelier chez qui cet homme était logé assura
qu’il avait passé toute la nuit à frotter et à médicamenter un de ses
mulets qui était malade...
" (p. 54).


Au fur et à mesure que l’enquête piétine - on ne saura d’ailleurs
même pas quelle était la cause exacte de la mort du jeune marié -, le
narrateur ressent une frustration grandissante et son esprit, rationnel,
objectif et logique jusque là, commence à douter. De peur de se
ridiculiser, il n’admet pas publiquement que les forces surnaturelles,
en l’occurrence la statue de Vénus,
soient à l’origine du crime, mais il le croit. Ce changement d’état
d’esprit est le plus « visible » au moment de la lecture d’une lettre
dans laquelle son ami M. de P. lui apprend qu’après la mort de M. de
Peyrehorade sa femme a fait fondre la statue de Vénus pour en faire une cloche pour l’église locale. Il y apprend aussi que


« ...Depuis que cette cloche sonne à Ille, les vignes ont gelé deux fois... » (p. 56).


On voit donc que son correspondant établit une relation directe entre la cloche-Vénus
et les gels. Le narrateur ne conteste pas cette relation absurde et
irrationnelle. Il l’aurait certainement fait au début de son séjour à
Ille mais à présent le surnaturel lui semble possible.


A la situation initiale correspond l’arrivée du
narrateur à Ille. Décrit à plusieurs reprises comme « un savant », il
représente Paris, la science, la modernité par opposition au milieu et
aux gens qu’il y rencontre. On sent qu’il se distancie volontiers des
habitants, de leurs croyances et superstitions. Par ailleurs, les
portraits de ses hôtes qu’il nous livre sont très négatifs, voir
méchants :


« Je me trouvais bientôt en présence de M. de Peyrehorade. C’était
un vieillard vert encore et dispos, poudré, le nez rouge... Sa femme,
un peu trop grasse, comme la plupart des Catalanes.. .M Alphonse ... un
grand jeune homme de vingt-six ans... ses mains grosses et hâlées, ses
ongles courts contrastaient singulièrement avec son costume. C’était des
mains de laboureur sortant des manches d’un dandy...
» (p. 22-24).


Son attitude d’être supérieur transparaît dans ses opinions à propos
du « savoir archéologique » de son hôte. Effectivement, celui-ci lui
fait une démonstration d’étymologie toponymique que le narrateur trouve
farfelue, grotesque et ridicule. Toutefois, il ne la conteste pas, il
fait même semblant de l’approuver en essayant de la développer :


« …je me gardai bien de critiquer son étymologie, mais je voulus à mon tour faire preuve de pénétration... » (p. 37).


Mais, dans son esprit, les idées sur les connaissances de son hôte sont assez négatives :


« ...Je parvins à réprimer une forte envie de rire... » (p. 36).


Il porte son regard critique « de Parisien » également sur les habitudes et les traditions locales :


« L ’usage à Paris, lui dis-je, est de donner un anneau tout simple... » (p. 39)


« ... Je ne sais pas pourquoi, un mariage m’attriste toujours. Celui-là, en outre, ne dégoûtait un peu... » (p. 47).


Après avoir dégagé la situation finale et la situation initiale, il faut observer à quel moment a lieu la transformation. Elle peut être successive ou soudaine. Dans « La Vénus d’Ille »,
elle semble être successive, mais le meurtre du jeune homme et ses
circonstances mystérieuses sont tout de même le point critique car c’est
après cet événement tragique que le rationalisme du narrateur est
définitivement ébranlé :


« Passant et repassant devant la statue, je m ’arrêtai un instant
pour la considérer. Cette fois, je l’avouerai, je ne pus contempler sans
effroi son expression de méchanceté ironique et la tête toute pleine
des scènes horribles dont je venais d’être le témoin, il me sembla voir
une divinité infernale applaudissant au malheur qui frappait cette
maison...
» (p. 52).


On encore :


« ... En questionnant cet homme je ressentais un peu de la terreur
superstitieuse que la déposition de madame Alphonse avait répandue dans
toute la maison...
» (p. 55).


Pour simplifier, on peut inscrire la structure générale du récit sur l’axe sémantique suivant :


Avant ------------> transformation -----------> après


( S ) ----------------- t --------------------> ( S’)


situation initiale | vs |situation finale



L’ « OBJET de valeur » se présente comme étant le Savoir


- Le « SUJET d’état » semble détenir son « objet de valeur »


vs


- Le « SUJET d’état » a perdu son « OBJET de valeur »


- SUJET d’état /\ OBJET de valeur


vs


- SUJET d’état V objet de valeur


- Narrateur « rationaliste »


vs


- Narrateur « déstabilisé »


- Le « narrateur rationaliste » ne croit qu’aux
faits qui peuvent être prouvés et expliqués du point de vue logique,
rationnel et objectif. Pour le moment, il adopte même un ton ironique et
supérieur vis-à-vis des gens superstitieux :


« Méchante ! Quelle méchanceté vous a-t-elle faite ?... » (p. 22)


« Et mes deux polissons prirent la fuite à toutes jambes. Il était
évident que la pierre avait rebondi sur le métal, et avait puni ce
drôle de l’outrage qu’il faisait à la déesse. Je fermai la fenêtre en
riant de bon cœur…
» (p. 30)


"J’éprouvai un frisson subit, et j’eus un instant la chair de poule. Puis, un grand soupir qu’il fit m ’envoya..."


- le narrateur « déstabilisé » :

Après le meurtre de M. Alphonse, le narrateur s’engage activement dans l’enquête mais il n’y trouve aucune réponse logique :


« J’allais dans la maison, cherchant partout des traces d’action mais n ’en trouvant nulle part... » (p. 52)


« On amena l’Espagnol... on compara ses souliers avec les
empreintes de pas dans le jardin, ses souliers étaient beaucoup plus
grands...
» (p. 54)


"...une bouffée de vin, et toute émotion disparut. Le misérable, pensai-je, est complètement ivre ..." (p. 48)


"... S’il avait eu cette bague au doigt, ajouta-t-il .... en se reprenant, je l’aurais sans doute
remarqué ...
" (p. 55)


"Je serais un bien grand sot d’aller vérfier ce que m ’a dit un homme ivre..." (p. 49)


". .. Passant et repassant devant la statue, je m’
arrêtai un instant pour la considérer. Cette fois, je
1 ’avouerai, je ne pus contempler sans effroi son
expression de méchanceté ironique , et la tête toute
pleine des scènes horrible dont je venais d’être le
témoin, lime sembla voir une divinité infernale
applaudissant au malheur qui frappait cette maison...
"
(p.52)


- le regard méprisant du narrateur sur les autres


vs


- son regard est devenu plus humain :


M. de Peyrehorade :


l’amant ridicule de la Vénus vs le père mourant de chagrin


Mme de Peyrehorade :


une grosse catalane et une chrétienne intolérante vs une mère dont le coeur est déchiré par la perte de son fils


M. Alphonse :


un fiancé grossier vs la victime d’une mort atroce


Après avoir dégagé la structure générale du récit, on peut procéder à une analyse à différents niveaux, plus concrets ou plus abstraits.


On peut observer, de façon plus concrète, les lieux précis où se
situent les personnages, les actions particulières qu’ils accomplissent,
les relations entre les deux camps de personnages.


On peut aussi noter, de façon plus abstraite, les thèmes qui se
dégagent du récit. On peut ainsi, au cours de l’interprétation d’un
texte, remonter du niveau le plus concret au niveau le plus abstrait :


Niveaux :


Abstrait --------> Thématique


Abstrait --------> Narratif


on analyse les fonctions des actants et les relations qu’ils entretiennent entre eux


Concret --------> Figuratif


on observe les personnages et le déroulement
concret de leurs actions dans des lieux et des temps déterminés


II. Le niveau figuratif


L’analyse, à ce niveau, fait appel à l’observation et à un principe structuraliste élémentaire :
le sens provient des différences.


1. Le code topologique


Au niveau des indications spatiales (le code topologique) on peut mettre en relation trois mouvements principaux :


- Paris vs province,


- intérieur de la maison vs extérieur


- et Ille vs Puygarrig.


Ces indications spatiales prennent du sens par leurs correspondances aux niveaux narratif et thématique :


a) Paris vs province


C’est le personnage du narrateur qui représente Paris, ville connue
pour son raffinement, son modernisme, sa vie culturelle et artistique,
ses mondanités. Bref, c’est La capitale de l’empire. D’ailleurs, dès son
arrivée, le narrateur fait des remarques et des réflexions qui prouvent
qu’il se sent supérieur aux habitants du pays et qu’il cherche à se
distinguer d’eux :


« Je ne pus m’empêcher de sourire, tant l’explication me parut tirée par les cheveux... » (p. 34)


« Je croyais que ces sortes d’accidents n’arrivaient qu’aux gens d’esprit, me disais-je à moi-même... » (p. 48)


Face à la capitale, la province apparaît à la fois comme un endroit
exotique et arriéré. La langue qui y est parlée n’est pas le français
mais le catalan. Or, la langue des savants et des philosophes, de
l’élite, c’est justement le français, tandis que les dialectes sont
parlés par les paysans et les gens incultes. Par ailleurs, les Espagnols
qui jouent au jeu de paume avec des Illois ont un physique plutôt
étrange et exotique :


« …sa peau olivâtre avait une teinte presque aussi foncée que le bronze de la Vénus..." (p. 43)


« …le géant espagnol...je le vis pâlir sous sa peau basanée... » (p. 44)


En somme, les habitants et les coutumes ne sont pas les mêmes qu’à Paris.


Cet antagonisme est évident dans les rapports de force que les
personnages masculins entretiennent entre eux. Ainsi M. de Peyrehorade
cherche à éblouir par ses connaissances archéologiques son « collègue »
parisien :


« Quid dicis, doctissime ? » me demanda-t-il en se frottant les
mains. Voyons si nous nous rencontrerons sur le sens de ce cave
amantem...
» (p. 34)


mais le parisien ne se laisse pas faire :


« je me gardai bien de critiquer son étymologie, mais, je voulus à mon tour faire preuve de pénétration... » (p.37)


Par ailleurs, d’innombrables excuses sur la modeste demeure que M. de Peyrehorade présente à son invité ne sont qu’hypocrisie.


De même, son fils, M. Alphonse, envie aux parisiens leur mode de vie et cherche à leur ressembler :


« … il était ce soir-là habillé avec élégance, exactement d’après la gravure du dernier numéro du
Journal des Modes...
» (p. 23)


Aussi se mesure-t-il sans cesse avec le narrateur. Il lui expose ses meilleurs chevaux :


« Il me tint une demi-heure à me vanter ses chevaux, à me faire leur généalogie... » (p. 39)


et une grosse bague aux diamants destinée à sa future femme. Mais le
parisien ne se laisse pas intimider et rétorque, pour affirmer sa
supériorité :


« l’usage à Paris, lui dis-je, est de donner un anneau tout simple... » (p. 39)


On voit bien que l’opposition entre Paris et la province n’est pas
seulement géographique mais qu’elle se reflète - négativement - dans les
relations que le narrateur entretient avec ses hôtes.


Par ailleurs, l’admiration que le narrateur porte à Vénus
pourrait accentuer cet antagonisme géographique et détériorer sa
relation avec M. de Peyrehorade ; de même, la jalousie qu’il ressent en
pensant à la jeune fiancée de M. Alphonse pourrait être à l’origine d’un
affrontement ouvert avec le jeune homme, voire de son assassinat. Dans
cette perspective, le statut du narrateur change : il n’est plus un
simple observateur des événements, mais il y prend une part active
puisqu’il devient le rival à la fois de M. de Peyrehorade et du jeune
M. Alphonse.


Paris vs province


- l’espace réservé au narrateur :


De fait, il n’a pas de nom propre, il n’est qu’un Parisien sans véritable identité :


« …et m ’avait présenté… comme un archéologue illustre... » (p.22)


« …il me considérait de la tête aux pieds fort curieusement, en ma qualité de Parisien... » (p. 24)


« et vous, Parisien, comprenez-vous ?... » (p. 26)


« Allons, debout, Parisien ! ... » (p. 30)


vs


- l’espace des autres :


Ils ont un nom et une vie, avec leur passé, leur présent et leurs projets pour l’avenir :


« il marie son fils... » (p. 19)


« la future est en deuil... » (p.24)


« ...je me suis lancé, je vais faire gémir la presse... » (p.25)


- la modernité, la finesse :


« Je vous demande pardon de vous
donner 1’ennui d’une noce de province.
Pour un Parisien blasé sur les fêtes...
» (p.24)


vs


- la tradition :


« vous auriez vu danser nos Catalanes... » (p. 24)


« …un lit long de sept pieds, large de six, et si haut qu’il fallait un escabeau pour s’y guinder... » (p. 28)


- le savoir :


« …un savant de Paris... » (p. 25)


« un archéologue illustre... » (p.22)


vs

- l’ignorance :


« …moi qui vous parle ... vieil antiquaire de province... » (p.25)


« voilà bien l’ignorance, la sainte ignorance de la province !... » (p.26)


- le rationnel :


« il était évident que la pierre avait rebondi sur le métal... » (p. 31)


vs


- l’irrationnel :


« Elle me l’a rejetée ! s’écria-t-il... » (p. 31)


« un beau chef-d’oeuvre qu’elle a fait ! casser la jambe d’un homme ! »


b) l’intérieur de la maison vs l’extérieur


On peut identifier l’intérieur de la maison comme un lieu
« culturel » où les personnages présents occupent une place précise en
assumant leurs devoirs.


Ainsi, la cuisine et la salle à manger, symboles du
foyer familial, sont un espace réservé à l’épouse de M. de Peyrehorade
qui y reçoit l’invité avec la générosité et l’abondance que les coutumes
locales exigent :


« sa femme... fit tuer des pigeons, frire des milliasses, ouvrit je ne sais pas combien de pots de confiture... » (p. 23)


Ensuite, il y a la chambre nuptiale, endroit
symbolique pour la consommation d’un mariage chrétien. Elle est destinée
aux futurs époux pour qu’ils puissent y accomplir leur « devoir »,
c’est-à-dire consommer le mariage et ainsi « valider » leur union :


« A droite, me dit mon hôte, c’est l’appartement que je destine à
la future madame Alphonse... Vous sentez bien, ajouta-t-il d’un air
qu’il voulait rendre fin, vous sentez bien qu’il faut isoler de nouveaux
mariés...
» (p.28)


Il y a aussi la chambre du narrateur où ce dernier
se livre à des réflexions sur le vandalisme et l’héritage culturel ou
encore sur l’immoralité d’un mariage de convenance :


« Quelle odieuse chose, me disais-je, qu’un mariage de
convenance ! ... Une femme peut-elle aimer un homme qu’elle aura vu
grossier une fois ?...
» (p.48)


Cependant, ces trois endroits hautement "culturels", subissent un
renversement le soir et la nuit du mariage : ils sont comme profanés par
le monde antique qui, avec la nuit tombante, commence à envahir
l’intérieur de la maison.


D’abord, c’est le repas de noces qui tourne à la beuverie obscène et
ressemble plus à un rituel païen qu’à une célébration chrétienne.
Ensuite, c’est au tour du narrateur qui, une fois couché, se laisse
envahir par les sentiments les plus bas, telle que la jalousie et la
haine, en pensant à la jeune épouse de M. Alphonse, justement la nuit de
sa noce :


« ...je pensais à cette jeune fille si belle et si pure abandonnée à un ivrogne brutal... » (p. 49)


« ... voilà la plus honnête fille du monde livrée au Minotaure... » (p. 49)


"... c’était probablement le cortège de la mariée qu’on menait au lit » (p.50)


ainsi il ne se présente plus comme un archéologue savant de Paris, mais comme un jeune homme célibataire frustré et humilié :


« ce monsieur Alphonse mérite bien d’être haï... » (p. 49)


« je me tournais dans mon lit de mauvaise humeur... un garçon joue un sot rôle dans une maison où s’accomplit un mariage... » (p.50)


A la fin, c’est la consommation même du mariage qui est empêchée par
la présence supposée d’une déesse antique, frivole et cruelle. On
pourrait même comparer la chambre à un temple de Vénus
où le lit nuptial se confondrait avec un autel païen sur lequel aurait
lieu un sacrifice. Or, ce n’est pas la jeune vierge qui est sacrifiée
mais le jeune homme qui a outragé la déesse.


Mais, dès l’aube, le monde païen s’efface au profit du monde moderne
dans lequel on contrôle ses pulsions et on assume ses responsabilités.
Ainsi, le narrateur, redevenu un homme civilisé capable de réprimer ses
sentiments les plus primitifs, donne ce conseil à son hôte :


« Vous avez encore une fille… leur dis-je, vous lui devez vos soins... » (p.51)


Par ailleurs, il se lance avec une rigueur toute scientifique dans une enquête afin de démasquer le meurtrier :


« ces meurtrissures à la poitrine m’embarrassaient beaucoup
pourtant, car un bâton ou une barre de fer n ’aurait pu les produire...
» (p. 52)


A l’intérieur de la maison s’oppose l’extérieur,
qui est à la fois ludique et charnel et qui fait beaucoup penser au
monde antique. En effet, on y trouve l’écurie avec les meilleurs
chevaux. Ils ont gagné de nombreux prix aux courses du département qui
font penser aux courses de char dans la Rome antique. Il y a aussi le
terrain où on s’adonne aux parties de jeu de paume. D’ailleurs, on peut
comparer le corps musclé du jeune M. Alphonse à ceux des jeunes athlètes
romains qui s’affrontaient autrefois dans des arènes :


« ...c ’était un grand jeune homme de vingt-six ans, d’une
physionomie belle et régulière, ... sa taille et ses formes athlétiques
justifiaient bien la réputation d’infatigable jouer de paume...
» (p. 23)


Le narrateur, qui observe la partie, fait même allusion à une bataille :


« ...je le vis chausser à la hâte une paire de sandales,
retrousser ses manches, et d’un air assuré, se mettre à la tête du parti
vaincu, comme César ralliant ses soldats à Dyrrachium…
» (p. 43)


Mais il y a aussi le jardin où est placée la fameuse statue de Vénus à laquelle M. de Peyrehorade élève même un autel pour pouvoir lui faire des offrandes.


Si l’extérieur de la maison est un endroit fortement
dominé par le monde païen, qui peut être défini comme « naturel »,
c’est aussi l’endroit où le jeune Alphonse se sent réellement lui-même.
Avec « son » écurie et « son » terrain de jeu, c’est pour ainsi dire
« son espace à lui » :


« alors je le trouvai vraiment beau. Il était passionné. Sa
toilette, qui l’occupait si fort tout à l’heure, n’était plus rien pour
lui. Quelques minutes avant, il eût craint de tourner la tête de peur de
déranger sa cravate. Maintenant il ne pensait plus à ses cheveux frisés
ni à son jabot si bien plissé...
» (p. 43)


En revanche, il est évident qu’à l’intérieur de la maison, il ne se sent pas vraiment à l’aise :


« ...M. Alphonse de Peyrehorade ne bougeait pas plus qu’un
Terme... c’était un grand jeune homme.., manquant d’expression. Mais il
me semblait gêné dans ses vêtements ; il était raide comme un piquet
dans son col de velours...
» (p.23)


On s’aperçoit donc que la déesse païenne et le jeune Alphonse ont
bien de points communs. De plus, ils se partagent le même espace. Ainsi
leur union n’apparaît pas seulement comme possible mais comme probable.


- L’intérieur vs L’extérieur


- le lieu culturel : la salle à manger vs le lieu naturel : le jardin


- l’espace réservé aux épouses, en l’occurrence à Mme de Peyrehorade vs l’espace réservé à Vénus, déesse des jardins et des champs


- Mme de Peyrehorade nourrit les corps :


« elle courut à la cuisine..., en un instant la table fut encombrée de plats et de bouteilles... » (p. 23)


vs


- la Vénus nourrit les esprits :


« … une Vénus, et d’une merveilleuse
beauté...
» (p. 31)


- la chambre nuptiale :


elle symbolise le mariage chrétien et les obligations qu’il implique ;


c’est aussi le lieu de la mort de M. Alphonse :


« il était livide, sans mouvement.., il était dejà raide et froid... » (p. 51)


vs


- les écuries, le terrain de jeu : lieux du culte du corps, des passions ;


ce sont les lieux de prédilection d’Alphonse :


« il n’hésita plus : il ôta son habit. demanda une veste, et défia
les Espagnols... si cela eût été nécessaire, il aurait, je crois fait
ajourner le mariage...
» (p. 43.)


c) Dans le code topologique on peut relever encore deux autres lieux où se déroule l’action :


la ville d’Ille, où réside la famille de Peyrehorade, et Puygarrig, le village d’origine de la jeune mariée.
Ces deux lieux s’opposent principalement sur deux points :


selon l’opposition "masculin/ féminin", et selon l’opposition
"chrétien/païen". Ainsi, quand la mariée doit se préparer à quitter son
habitat pour celui de son mari, elle éclate en sanglots, et l’on évoque
l’enlèvement des Sabines :


« M. de Peyrehorade comparait cette séparation à l’enlèvement des Sabines... » (p. 46)


Or, selon la légende, les filles des Sabins ont été enlevées par des
Romains, parce que la ville de Rome n’était habitée que par des hommes.
On peut donc transposer les éléments de la légende sur Ille qui se
substitue à ville de Rome, Mlle Puygarrig, qui symbolise les Sabines, le
mariage qui symbolise l’enlèvement.
Mais la ville d’Ille symbolise également le monde païen avec la statue de Vénus
et toutes les intentions qu’on lui attribue, tandis que la ville de
Puygarrig incarne le monde chrétien, avec les figures de la vierge = la
jeune fiancée ainsi qu’avec la tante dévote. C’est d’ailleurs à
Puygarrig qu’a lieu la cérémonie religieuse et civile, tandis que le
repas de noces, qui a dégénéré, a lieu à Ille.


- Ille vs Puygarrig


- une ville vs un village


- la ville d’origine du marié et, par analogie, un lieu
« masculin », un espace « fort », dominé par des personnages masculins :
le narrateur, les Peyrehorade père et fils, l’Espagnol, les joueurs du
jeu de paume ;


« je connais sa maison comme la mienne... c ’est la plus belle d ’Ille. Il a de l’argent, oui ce monsieur de Peyrehorade..." (p. 19)


vs


- le village d’origine de la mariée, et de ce fait lieu
« féminin ». Les femmes occupent cet espace : la tante dévote, les
paysannes qui dansent ;


« c’est à Puygarrig que ça se fera : car c’est mademoiselle de Puygarrig que monsieur le fils épouse... » (p. 19)


- à Ille, on trouve la statue de Vénus qui envoûte
et domine les hommes :


« Tenez, je parierais que vous venez à Ille pour voir l’idole... » (p. 20)


« il est impossible de voir quelque chose de plus parfait que le corps de cette Vénus ; rien de plus suave, de plus voluptueux que son corps... » (p.31)


vs


- à Puygarrig on vient chercher la future épouse, qui est soumise aux hommes :


« vous verrez une mariée.. : une mariée... vous m’en direz des nouvelles... » (p. 25)


« … un joli ruban blanc et rose qu ’il venait de détacher de la
cheville de la mariée. On appelle cela sa jarretière. Elle fut aussitôt
coupée par morceaux et distribuée aux jeunes gens, qui en ornèrent leur
boutonnière...
» (p. 47)


- c’est à Il1e que le fond païen se manifeste :


« M de Peyrehorade... disposait des roses du Bengale
sur le piédestal de la statue, et d’un ton tragi-comique
lui adressait des voeux pour le couple...
» (p. 42)


vs


- Puygarrig est le lieu de célébration du mariage chrétien :


« les deux cérémonies civile et religieuse s’accomplirent avec la pompe convenable... »


Le code actoriel


Les oppositions spatiales sont souvent renforcées par des oppositions actorielles. Dans La Vénus d’Ille, les oppositions les plus intéressantes sont celles qui peuvent être faites relativement à la statue de Vénus.
On peut la mettre progressivement en relation avec la figure de M. de
Peyrehorade ainsi qu’avec celles de Mme de Peyrehorade, de Mlle de
Puygarrig et de M. Alphonse.


a) M. de Peyrehorade :


Il entretient une relation forte avec la statue. Quand il parle d’elle, il utilise constamment le pronom possessif « ma » :


« ... ma Vénus, ma statue » (pp.25, 26, 30, 36, 38, etc.).


Toutefois, ce n’est pas lui qui possède la statue mais c’est la
statue qui le possède. Il est totalement soumis à cette idole, prêt à
subir tous les supplices :


« Si ma Vénus m ’avait cassé cette jambe-là, je ne la regretterais pas... » (p.26)


« ... Qui n ’a pas été blessé par Vénus... » (p. 26)


Ces paroles révèlent que M. de Peyrehorade n’admire pas la statue
uniquement pour sa valeur culturelle mais qu’il la désire en tant
qu’idéal féminin. En effet, une infirmité physique au niveau d’une jambe
fait immédiatement penser à Vulcain, dieu antique du Feu, qui était
laid et boiteux mais qui était aussi l’époux légitime de Vénus. On pourrait donc interpréter les paroles de M. de Peyrehorade ("petit vieillard vert...")(p.22) comme l’expression du désir de s’identifier à Vulcain pour ainsi pouvoir s’unir à Vénus.
Or, il est déjà marié, et ses sentiments peuvent être considérés comme
une forme d’infidélité et de ce fait comme une transgression de la
morale chrétienne.
A cause des sentiments qu’il éprouve à l’égard de la déesse il faillit
aussi à son rôle de père puisqu’il choisit un vendredi pour marier son
fils, sachant bien que le mot « vendredi » vient du latin « Veneris
Dies » qui signifie « jour de Vénus


« Vendredi ! s’écria son mari, c’est le jour de Vénus ! Bon jour pour un mariage !... » (p.41)


Il préfère donc honorer « sa » déesse plutôt que son fils. Il s’adonne même à des rites païens pour célébrer ce mariage :


« ...avant la noce, nous lui ferons un petit sacrifice, nous sacrifierons deux palombes, et si je savais où trouver de l’encens... » (p. 41)


"... puis il disposait des roses du Bengale sur le piédestal de la
statue, et d’un ton tragi-comique lui adressait des voeux pour le
couple...
» (p. 42).


Mais M. de Peyrehorade semble d’oublier que Vénus
n’était pas vraiment une protectrice du foyer conjugal, bien au
contraire. Si elle était célèbre pour sa beauté et son charme féminin,
elle l’était aussi pour sa frivolité, son infidélité, sa jalousie et sa
cruauté. Elle régnait sur les cœurs et les sens des hommes et châtiait
tous ceux qui ne voulaient pas lui succomber. Ses victimes étaient aussi
nombreuses que ses amants. De ce fait, l’association de Vénus
et du mariage chrétien va créer une forte tension qui fait présager
l’aboutissement tragique des événements car on ne peut pas associer ce
qui n’est pas associable :


« …comment, madame, vous faites un mariage un vendredi ! A Paris,
nous aurions plus de superstitions ; personne n ’oserait prendre femme
un tel jour ! - Mon Dieu ! ne m’en parlez pas, me dit-elle, si cela n
’avait dépendu que de moi, certes on eût choisi un autre jour. Mais
Peyrehorade l’a voulu et il a fallu lui céder
. » (p. 41).


Si M. de Peyrehorade est à l’origine du drame qui a lieu la nuit de
noce, il en est aussi la victime car il meurt de chagrin, à peine
quelques mois après la mort de son fils. D’une certaine façon, il
incarne la déchéance car ses passions le font transgresser les lois de
la société et le précipitent vers une fin tragique.


On peut résumer son parcours figuratif ainsi :


bon chrétien ---> adorateur des idoles ---> époux ---> amant fou ---> père du jeune marié ---> père en deuil.


- Vénus vs M. de Peyrehorade


- « femme » vs homme


- beauté éternelle vs petit vieillard vert


- maîtresse adorée vs amant dévoué


- dominatrice vs soumis


- une idole païenne vs un catholique déchu


- elle a pu « renaître » grâce à lui vs il est mort à cause d’elle


b) Par la suite on peut opposer Vénus à Mme de Peyrehorade :


Les deux femmes incarnent chacune un monde différent. Mme de
Peyrehorade est une chrétienne engagée pour laquelle le monde antique
est avant tout le monde païen, le monde des idoles, des plaisirs
charnels, un monde qu’elle perçoit très négativement, et dont elle se
méfie :


« …Chef-d’oeuvre ! un beau chef-d’œuvre qu’elle a fait ! casser la jambe d’un pauvre homme !... » (p.26).


Elle voudrait faire fondre la statue pour en faire une cloche d’église :


« savez-vous que ma femme voulait que je fondisse ma statue pour en faire une cloche à notre église ?... ». (p.26).


Mais son mari protège la statue. Par ailleurs, elle se trouve, d’une
certaine façon, en concurrence avec la statue comme le prouvent ces mots
de son mari adressés au narrateur :


« Voyez vous, mon cher collègue, je ne pense qu’à ma Vénus..." (p.41).


En effet, c’est une épouse délaissée qui a toutes les raisons d’être
jalouse. Toutefois, elle ne se laisse pas dominer par ses sentiments,
bien au contraire, elle continue d’assumer ses devoirs, reste fidèle et
obéissante à son mari ; elle ne faillit jamais, elle appartient donc au
monde "culturel".


La relation entre ces trois figures est fort intéressante et peut s’exprimer hiérarchiquement :


- la statue (qui se trouve au sommet) domine le mari (au milieu) qui, lui, domine l’épouse (en bas).


Les liens qui existent entre M. de Peyrehorade et Vénus
peuvent être qualifiés de « naturels » puisque M. de Peyrehorade obéit à
ses pulsions primitives sexuelles. En revanche, les liens qui unissent
M. de Peyrehorade et son épouse sont d’ordre « culturel » puisqu’ils
sont unis par les liens du mariage (union dont les conditions, les
effets ou la dissolution sont régis par les lois religieuses ou
civiques).


Si, tout au long de l’histoire, c’est la statue qui se trouve au
sommet et l’épouse en bas, à la fin, par contre, on constate un
renversement car c’est l’épouse, et tout ce qu’elle symbolise, qui se
trouve en position de force, la statue étant transformée en objet de
culte chrétien et son mari étant mort.


- Vénus vs Mme de Peyrehorade


- statue de bronze, immortelle vs être humain, mortelle


- maîtresse idolâtrée vs épouse délaissée


- une beauté aux formes exquises vs une femme grosse sans formes


- une déesse païenne vs une chrétienne dévote


c) En ce qui concerne les relations entre la Vénus et Mlle de Puygarrig, celles-ci sont très ambiguës.


Elles ont beaucoup de points communs, surtout au niveau de la
ressemblance physique. Cette ressemblance est telle que la statue fait
penser à la jeune femme et vice versa. Cette (con)fusion est présente
surtout dans l’esprit des hommes. Ainsi, c’est d’abord le narrateur qui,
en décrivant la jeune fiancée, ne peut s’empêcher de faire un parallèle
avec la statue :


« son air de bonté, qui pourtant n’était pas exempt d’une légère teinte de malice, me rappela, malgré moi, la Vénus de mon hôte... » (p. 40).


Ensuite, c’est le futur marié qui, regardant le dessin de la statue, demande au narrateur de dessiner aussi sa fiancée :


« Vous ferez le portrait de ma femme ? me dit-il en se penchant sur mon dessin. Elle est jolie, elle aussi... » (p.42).


Et, finalement, c’est M. de Peyrehorade qui s’exclame, passionnément, lors du repas de noce :


« Il y a deux Vénus sous mon toit… la Vénus romaine et la Vénus catalane... » (p. 47).


Cette (con)fusion culmine lors de la nuit de noce, quand elles se
partagent le même lit et le même mari. Mais si le jeune M. Alphonse est
l’élément qui unit les deux femmes, c’est aussi l’élément qui les oppose
car elles deviennent rivales. En outre, si les deux femmes se
retrouvent dans la même chambre nuptiale, ce n’est pas pour les mêmes
raisons. Tandis que la jeune mariée s’y trouve pour accomplir son devoir
d’épouse, Vénus s’y invite pour assouvir son besoin de vengeance pour les outrages que le jeune homme lui fait inconsciemment subir.


Si l’on schématise la relation entre ces trois personnages, on obtient le schéma suivant :


- Vénus -> M. Alphonse <-Mlle Puygarrig.


Les liens entre Vénus et
M. Alphonse peuvent être qualifiés de « naturels » puisqu’ils sont avant
tout passionnels, et ceux qui unissent les jeunes fiancés peuvent être
tenus pour « culturels » puisqu’aux yeux de la société Mlle Puygarrig
est la seule épouse légitime du jeune homme.


Ce schéma ne peut qu’être linéaire car ni Vénus, ni Mlle de Puygarrig ne peuvent affirmer leur supériorité, même si Vénus
paraît occuper la position dominante, vu les circonstances. Ainsi de
la légitimé du mariage entre Mlle Puygarrig et M. Alphonse, qui se
trouve compromise étant donné que la bague familiale destinée à la jeune
femme revient à la déesse :


« …mais il me prévint, courut à la Vénus, lui passa la bague au doigt annulaire... » (p. 44).


« les deux cérémonies civile et religieuse s’accomplirent avec la
pompe convenable et mademoiselle de Puygarrig reçut l’anneau d’une
modiste de Paris...
» (p. 45).


Ou bien du repas de noces, qui fait davantage penser à une fête en l’honneur de Bacchus qu’à un mariage chrétien :


« A Ille, le souper nous attendait, et quel souper ! Si la grosse
joie du matin m’avait choqué, je le fus bien davantage des équivoques et
des plaisanteries dont le marié et la mariée surtout furent l’objet...
" (p. 46)


« les derniers couplets ayant été chantés par l’adjoint du maire et ils étaient fort lestes, je dois le dire... » (47).


Par ailleurs, grâce â l’hystérie collective des habitants d’Ille, la statue inanimée s’anime :


« …ces yeux brillants produisaient une certaine illusion qui rappelait la réalité, la vie… » (p.32).


Elle n’est plus une statue antique, mais on lui attribue une âme et un corps capable de mouvements :


« …elle a l’air méchante...et elle l’est aussi… » (p. 22)


« …la statue qui fait des malheurs, comme celui-là... » (p. 26)


« …elle me l’a rejetée ! … » (p. 30).


Par contre, en ce qui concerne Mlle de Puygarrig, les moeurs en
vigueur font qu’elle n’est pas considérée comme une femme capable de
sentiments mais plutôt comme un objet de valeur. Sa dot et son statut
social lui confèrent de la valeur aux yeux de la famille Peyrehorade :


« …il marie son fils à plus riche encore... » (p. 19).


« ... la future est en deuil d’une tante dont elle hérite... » (p.24)


Et, en tant que belle jeune vierge, elle a de la valeur pour
M. Alphonse puisqu’elle peut assumer auprès de lui le rôle d’épouse et
de future mère de sa descendance :


« ...je ne sais pas si vous la trouverez jolie, mais tout le monde, ici et à Perpignan, la trouve charmante... » (p. 39)


« …voici l’anneau qui je lui donnerai demain... c’est ma mère qui
me l’a donnée. C ’était une bague de famille très ancienne... du temps
de la chevalerie. Elle avait servi à ma grand-mère, qui la tenait de la
sienne...
» (p. 39)


« …au départ, elle fit à sa nièce un sermon touchant sur ses
devoirs d’épouse.. .M de Peyrehorade comparait cette séparation à
l’enlèvement des Sabines...
» (p. 46).


Cela dit, à la fin, les deux subissent le même sort : une espèce de
mort symbolique. D’abord, c’est la jeune femme qui perd la raison et
ainsi s’isole du monde réel :


« cette malheureuse jeune personne est devenu folle, me dit-il en souriant tristement, Folle ! tout à fait folle... » (p. 53).


Ensuite, après la mort de M. de Peyrehorade, Vénus est fondue et elle redevient un objet (une cloche d’église).


- Vénus vs Mlle de Puygarrig


- une païenne vs une chrétienne


- élément naturel vs éléments culturels


- une frivole vs une vierge


- une maîtresse vs une épouse


d) Pour ce qui est de la relation entre la statue et le jeune M. Alphonse, elle paraît sans ambiguïté. Tout au long de l’histoire on retrouve des éléments qui les rapprochent et qui les unissent.


Tout d’abord, il y a la ressemblance, l’attitude et les comparaisons.
Ainsi, si on observe la description de M. Alphonse, qui nous est donnée
par le narrateur, on remarque immédiatement qu’elle convient plus à une
statue qu’à un être vivant :


« …ne bougeait pas plus qu’un Terme » « …manquant d’expression… »


« I1 était raide comme un piquet » (p. 23).


Souvent le jeune homme est comparé aux divinités, aux créatures et aux personnages réels qui ont peuplé le monde antique :


« un Terme... » (p. 23) « …César... » (p. 43) « ... un Minotaure » (p. 49).


Par ailleurs, si l’on compare le physique et l’expression de la
statue avec ceux du jeune homme, on découvre des traits similaires :


- Vénus = M. Alphonse


"elle vous fixe avec ses grands yeux blancs..." (p. 21)


"il me considéra de la tête aux pieds fort
curieusement...
" (p. 24)


"... le corps de cette Vénus, rien de plus suave, de plus voluptueux..." (p. 31)


"jeune homme... d’une physionomie belle et régulière.., ses formes athlétiques..." (p. 23)


"...quant à la figure, jamais je ne parviendrait à exprimer son caractère étrange..." (p.3l)


"je remarquai l’étrange altération de ses traits..." (p.46)


"sa hauteur qui me parut de six pieds environ... . .. un grand jeune homme..." (p. 23)


Ensuite, il y a le caractère. Vénus est une frivole ; c’est une séductrice :


« une bonne vierge ! ah bien oui ! ... C ’est une idole, vous dis-je : on le voit bien à son air... » (p.21)


« Te voilà donc, coquine ! » (p.29)


Quant à M Alphonse, lui aussi semble apprécier les relations légères :


« …cette petite bague-là, ajouta-t-il en regardant d’un air de
satisfaction l’anneau... celle-là, c’est une femme à Paris qui me l’a
donné. ..Ah ! comme je m’en suis donné quand j’étais à Paris... C ’est
là qu’on s ’amuse ! .. ..Et il soupira de regret...
» (p.40)


De plus, comme cela a déjà été dit, ils se partagent le même espace,
celui de l’extérieur de la maison qui est un lieu de plaisirs,
d’amusements.


Leur parcours commun ressemble à une pièce de théâtre tragique. En
effet, on y trouve les éléments nécessaires pour en faire une tragédie
violente : la fatalité, une amante repoussée et outragée qui se venge,
les jeunes fiancés qui ne s’aiment pas et qui ne s’unissent que pour
obéir aux règles de la société, la mort violente, la folie.


La situation de départ de la pièce pourrait se définir ainsi : le
mariage de deux jeunes gens a été planifié par leurs familles
respectives. Or, tout prédestine le jeune homme à l’union avec Vénus.
Dans l’acte suivant on se prépare à partir pour la célébration du
mariage prévue. Or, quelques instants avant le départ, le jeune homme
commet une maladresse fatale : il se laisse tenter par une partie de jeu
de paume durant laquelle, par un geste aussi rapide qu’inexplicable, il
passe la bague de mariage au doigt annulaire de la statue qui
représente la déesse. Sans le savoir, il devient le mari de la statue.
Une fois la partie terminée, il se rend finalement à la cérémonie. Le
troisième acte est celui de la cérémonie elle-même : durant la
célébration, le jeune homme s’aperçoit qu’il a oublié la bague de
mariage au doigt de la statue. Irrité, il maudit la déesse. C’est à ce
moment-là qu’il décide, sans le savoir, de sa fin tragique. Non
seulement il a rejeté la déesse mais encore il a osé la maudire. Et Vénus
ne pardonne jamais ; au contraire, elle cherche à châtier tous ceux qui
ne veulent pas lui succomber ou qui ne la vénèrent pas. Si la tension
ne fait que croître dans l’acte II, elle atteint, néanmoins, son point
critique dans l’acte III. L’acte IV se déroule durant le soir des noces,
quand le jeune homme comprend, après avoir vainement essayé de
récupérer la bague, qui est sa véritable épouse. Et il commence à
redouter sa vengeance. Toutefois, c’est plutôt confiant qu’il rentre
dans la chambre nuptiale. L’acte V, qui est aussi le dernier, a lieu le
lendemain et se déroule dans la chambre nuptiale. On y retrouve le corps
du jeune homme, mort d’une mort atroce et la jeune femme qui a sombré
dans la folie. Vénus, coupable de ce
double crime - car la folie de la jeune femme peut être comparée à la
mort puisque son esprit est mort - subit un châtiment comparable à la
mort affreuse de son mari : elle est fondue et transformée en un objet.
Ainsi disparaît-elle pour toujours.


Même si la « pièce » ne respecte pas le principe des trois unités, sa
structure (exposition-nœud-péripétie-dénouement) et ses personnages ont
beaucoup en commun avec les tragédies classiques. D’ailleurs, comme les
règles classiques l’exigeaient, le crime et la mort de Vénus n’y sont pas montrés, ils ne sont que mentionnés.


- Alphonse vs Vénus


- L’homme vs l’idéal féminin


- cherche à accomplir son devoir vs se laisse déchaîner par ses sentiments


- subit le châtiment vs inflige le châtiment


- la victime vs le coupable


- la mort tragique vs la mort ironique


III. le niveau narratif (le schéma actantiel)


A ce niveau-là, les personnages d’un récit sont analysés du point de vue de leurs rôles narratifs et de leurs relations réciproques :


Les rôles sont au nombre de six : SUJET/OBJET, DESTINATEUR/DESTINATAIRE, ADJUVANT/OPPOSANT.


- Le SUJET fait l’action,


- l’OBJET la subit,


- le DESTINATEUR l’inspire ou l’ordonne,


- le DESTINATAIRE en bénéficie,


- l’ADJUVANT la favorise,


- l’OPPOSANT l’entrave ;


Les axes sont ceux du désir, de la communication et du pouvoir.


Le paradigme actantiel se présente donc ainsi :


- l’axe de la communication :


DESTINATEUR -------> OBJET -----------> DESTINATAIRE


- l’axe du désir :


SUJET --------------> OBJET


- l’axe du pouvoir :


ADJUVANT ------------> SUJET <-------------- OPPOSANT


En lisant le texte de Mérimée, on se rend compte que La Vénus d’Ille cache en fait deux histoires : celle du jeune M. Alphonse et celle du narrateur. C’est pourquoi, on peut présenter deux schémas
actantiels. L’histoire du jeune M. Alphonse se trouve, pour ainsi dire,
à l’intérieur de celle du narrateur, c’est pourquoi on peut parler de schéma actantiel englobé et de schéma actantiel englobant.


a) le schéma actantiel englobé


La quête du jeune Alphonse paraît évidente : il veut épouser la jeune
demoiselle de Puygarrig. On peut donc affirmer qu’Alphonse est le SUJET
d’état et que Mlle de Puygarrig est son OBJET du désir. Mais Alphonse
est aussi le DESTINATAIRE car c’est à lui que profite la quête.
Effectivement, en épousant cette jeune femme - ce qui équivaut à la
réussite de la mission -, il obtient sa dot, et peut-être change de
statut social. Car si lui provient de la bourgeoisie, elle fait
peut-être partie de la noblesse (elle habite dans un château), et
l’histoire se passe très probablement sous Louis XVIII.
En revanche, ses parents, en décidant de le marier et en lui choisissant
une fiancée assument le rôle de DESTINATEUR car ce sont eux qui
l’envoient en mission : ils fixent le « mandat », ils font faire. Mais,
ils ont une double fonction parce qu’ils jouent aussi le rôle d’ADJUVANT
puisqu’ils approuvent le mariage. On pourrait également placer dans le
rôle d’ADJUVANT les mœurs de l’époque car c’est aussi grâce à son statut
social et à la fortune familiale que le jeune homme peut prétendre à la
main de la mariée. C’est Vénus qu’on retrouve dans la fonction d’OPPOSANT puisqu’elle jalouse la jeune femme et sabote le mariage :


DESTINATEUR----------> OBJET -----------> DESTINATAIRE


les parents --------> la jeune femme -----------> Alphonse


ADJUVANT -----------> SUJET ---------------> OPPOSANT


les parents -------> Alphonse <-------Vénus, la société


On remarquera que le narrateur ne se trouve pas dans ce schéma
actantiel. Pourtant, on a à plusieurs reprises noté que son rôle n’est
pas toujours passif (le rôle de celui qui rapporte des événements) mais
que son état change, évolue, qu’il prend une part active aux événements.
Il fait alors partie du récit englobant (c’est pour ce récit-là qu’on a
constitué l’axe sémantique qui se trouve à la page ).


Il faut toutefois souligner que c’est tout de même le récit englobé qui est à l’origine du récit englobant.


b) le schéma actantiel englobant :


La quête du narrateur est bien moins simple que celle d’Alphonse car
c’est une quête avant tout philosophique. Il doit retrouver son OBJET de
valeur perdu qui se présente comme le Savoir, lequel commence à lui
échapper au fur et à mesure que les événements évoluent. Si sa quête
réussit, il en sera aussi le bénéficiaire. Or, il échoue. C’est le côté
irrationnel des événements qui en est la cause et qui, de ce fait, joue
le rôle d’OPPOSANT. Par contre, la science joue le rôle d’ADJUVANT :


DESTINATEUR ---------> OBJET -----------> DESTINATAIRE


des événements tragiques—>le Savoir (la vérité)—> le narrateur


ADJUVANT ------------> SUJET <--------------OPPOSANT


le rationnel, la science —> le narrateur <— l’irrationnel, l’inexplicable


IV. le niveau thématique


Au niveau thématique, nous analysons les valeurs profondes véhiculées
par le texte. Pour mettre en évidence ces valeurs, nous disposons d’une
structure binaire : le "carré sémiotique" [1] . Celui-ci se constitue sur la base d’un axe sémantique qui s’articule en deux valeurs contraires.


Deux grandes thématiques se dégagent dans le récit, elles se présentent ainsi :


a)


(S1) : le rationnel


l’univers rationnel du narrateur, avec la logique, la science, la raison omnipotente


=> (1/S1) : le non rationnel


des événements bizarres se produisent et perturbent l’univers rationnel du narrateur


=> (S2) : l’irrationnel


la logique doit céder la place à l’irrationnel qui seul donne une explication satisfaisante aux événements récents


b)


- (S1) : chrétien :

Ille avant la découverte de la statue


=> (1/S1) : non chrétien :


la statue transgresse les valeurs du monde dans lequel elle fait irruption


=> (S2) : païen :


les événements se succèdent : le monde païen semble remplacer l’univers chrétien


=> (1/S2) : non païen :


la mort (universelle) : la statue assouvit son besoin de vengeance et s’efface


=> (S1) chrétien :


la statue est transformée en un objet de culte chrétien. Ille redevient la ville d’avant la découverte de la statue



« La Vénus d’Ille » - l’exploitation pédagogique


Les approches communicatives et post-communicatives exigent qu’on
exploite souvent dans une classe de langue des documents authentiques,
c’est-à-dire non expressément conçus pour être utilisés dans une classe
de langue car ceux-ci sont généralement perçus comme plus motivants.
Mais un document authentique doit aussi correspondre aux besoins des
apprenants. Et vu la syntaxe et la grammaire très littéraires de la
nouvelle, ainsi que son vocabulaire spécifique, elle ne semble pas
exploitable au niveau des apprenants « débutants » ou « moyens » car
elle ne correspondrait ni à leurs attentes ni à leurs besoins. Elle
pourrait donc être exploitable dans une classe d’apprenants « avancés »
qui ne cherchent plus à consolider leurs connaissances basiques du
français pour pouvoir communiquer dans la vie de tous le jours puisque
c’est chose faite, mais qui s’intéressent à la dimension proprement
littéraire de la langue, par exemple au niveau universitaire.


L’approche des textes littéraires à ce niveau-là peut se faire selon
des procédures très diverses, mais il ne s’agit jamais de proposer ces
textes comme des modèles de « bon français » que les étudiants devraient
chercher à imiter dans leur expression écrite.


Le professeur peut s’en servir plutôt comme appui pour initier ou
former les apprenants étrangers, soit à l’histoire littéraire, soit à la
civilisation française, soit aux techniques de la critique littéraire
française. Une telle approche ne demande pas seulement une excellente
connaissance du français car les apprenants doivent aussi compléter
l’apprentissage de la langue étrangère par l’apprentissage de divers
« savoirs » qui sont en relation avec la pratique de cette langue.


La nouvelle de Mérimée est une « nouvelle fantastique » par
excellence. Ainsi, les apprenants peuvent s’initier à la structure d’une
telle nouvelle : comment se présentent l’exposition, les moments clefs
et leur intérêt dramatique. Comment se présentent le mystère et le
surnaturel ? Qu’est-ce qui fait l’ambiguïté ? Ensuite, on peut chercher à
comprendre comment les moyens linguistiques (le choix des adjectifs,
l’utilisation des temps verbaux comme le conditionnel) aident à créer
l’atmosphère fantastique de la nouvelle.


Une simple lecture de la nouvelle, suivie d’une discussion sur les
superstitions et la place de l’irrationnel dans les sociétés actuelles,
peut être aussi une des façons possibles d’exploiter le texte. Un tel
exercice requiert des apprenants la capacité d’organiser leurs
discours : savoir poser le problème, argumenter (recourir aux
connecteurs argumentatifs, réfuter, etc.).

















Notes

[1] A.J. Greimas, Du sens, Paris, Seuil, 1970



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مُساهمةموضوع: رد: La Venus d'Ille de Prosper Mérimée   الإثنين 05 مارس 2012, 14:24

Shéma Narratif




I./ Les cinq étapes du schéma narratif

1.)La situation initiale

Au début de l’histoire, on apprend qui est le personnage principal, les circonstances (lieu, époque), la situation des personnages. Il y a une certaine stabilité. L’histoire est racontée à l’imparfait.

Ex : un accouchement dans une famille à la fin du XIXème siècle, un petit Africain se préparant un gâteau…

2.)L’élément perturbateur

Quelque chose survient d’un seul coup et provoque une rupture de la
stabilité. L’action est alors déclenchée. L’élément perturbateur peut
être l’arrivée d’un personnage, une révélation, une découverte, un
événement particulier…L’histoire est alors au passé simple.

Ex : on découvre que le bébé a la cervelle en or, un rhinocéros vient voler le gâteau…

3.)Les péripéties

Il s’agit de toutes les actions qui ont lieu alors : la quête de la
belle princesse, la vie d’un homme ayant une cervelle en or, la
vengeance d’un homme… Les personnages tentent de trouver un nouvel équilibre. L’histoire est au passé simple mais il peut y avoir des descriptions ou des pauses de réflexion (imparfait).

4.)La résolution

La situation trouve un nouvel équilibre grâce à l’intervention de certaines personnes ou parce qu’elle ne peut plus continuer. Passé simple en majorité.

Ex : L’arrivée du prince charmant, l’épuisement de la cervelle…

5.)La situation finale

L’histoire est terminée. Les personnages sont heureux ou malheureux et l’auteur nous donne à voir le tableau d’une nouvelle situation stable, différente de la situation finale (pire ou meilleure). Passé simple en majorité.

Ex : Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants, tous les rhinocéros ont depuis la peau qui plisse…



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مُساهمةموضوع: رد: La Venus d'Ille de Prosper Mérimée   الإثنين 05 مارس 2012, 21:13

"Que la statue, dis-je, soit favorable et bienveillante, elle qui ressemble tant à un homme".

(Lucien, L'Homme qui aime les mensonges, chap. XIX)

Je
descendais le dernier coteau du Canigou, et, bien que le soleil fût
déjà couché, je distinguais dans la plaine les maisons de la petite
ville d'Ille, vers laquelle je me dirigeais.

"Vous savez, dis-je au Catalan qui me servait de guide depuis la veille, vous savez sans doute où demeure M. de Peyrehorade


Si je le sais ! s'écria-t-il, je connais sa maison comme la mienne ; et
s'il ne faisait pas si noir, je vous la montrerais. C'est la plus belle
d'Ille. Il a de l'argent, oui, M. de Peyrehorade ; et il marie son fils
à plus riche que lui encore.

– Et ce mariage se fera-t-il bientôt ? lui demandai-je.


Bientôt ! il se peut que déjà les violons soient commandés pour la
noce. Ce soir, peut-être, demain, après-demain, que sais-je ? C'est à
Puygarrig que ça se fera ; car c'est Mlle de Puygarrig que monsieur le
fils épouse. Ce sera beau, oui !"

J'étais recommandé à M. de
Peyrehorade par mon ami M. de P. C'était, m'avait-il dit, un antiquaire
fort instruit et d'une complaisance à toute épreuve. Il se ferait un
plaisir de me montrer toutes les ruines à dix lieues à la ronde. Or je
comptais sur lui pour visiter les environs d'Ille, que je savais riches
en monuments antiques et du Moyen Age. Ce mariage, dont on me parlait
alors pour la première fois, dérangeait tous mes plans.

"Gageons,
monsieur, me dit mon guide, comme nous étions déjà dans la plaine,
gageons un cigare que je devine ce que vous allez faire chez M. de
Peyrehorade ?

– Mais, répondis-je en lui tendant un cigare, cela
n'est pas difficile à deviner. A l'heure qu'il est, quand on fait six
lieues dans le Canigou, la grande affaire, c'est de souper.


Oui, mais demain ?... Tenez, je parierais que vous venez à Ille pour
voir l'idole ? J'ai deviné cela à vous voir tirer en portrait les saints
de Serrabona.

– L'idole ! quelle idole ?" Ce mot avait excité ma curiosité.

"Comment ! on ne vous a pas conté, à Perpignan, comment M. de Peyrehorade avait trouvé une idole en terre ?

– Vous voulez dire une statue en terre cuite, en argile ?


Non pas. Oui, bien en cuivre, et il y en a de quoi faire des gros sous.
Elle vous pèse autant qu'une cloche d'église. C'est bien avant dans la
terre, au pied d'un olivier, que nous l'avons eue.

– Vous étiez donc présent à la découverte ?


Oui, monsieur. M. de Peyrehorade nous dit, il y a quinze jours, à Jean
Coll et à moi, de déraciner un vieil olivier qui était gelé de l'année
dernière, car elle a été bien mauvaise, comme vous savez. Voilà donc
qu'en travaillant Jean Coll qui y allait de tout cœur, il donne un coup
de pioche, et j'entends bimm... comme s'il avait tapé sur une cloche.
Qu'est-ce que c'est ? que je dis. Nous piochons toujours, nous piochons,
et voilà qu'il paraît une main noire, qui semblait la main d'un mort
qui sortait de terre. Moi, la peur me prend. Je m'en vais à monsieur, et
je lui dis : "Des morts, notre maître, qui sont sous l'olivier ! Faut
appeler le curé. – Quels morts ?" qu'il me dit. Il vient, et il n'a pas
plus tôt vu la main qu'il s'écrie : "Un antique ! un antique !" Vous
auriez cru qu'il avait trouvé un trésor. Et le voilà avec la pioche,
avec les mains, qui se démène et qui faisait quasiment autant d'ouvrage
que nous deux.

– Et enfin que trouvâtes-vous ?

– Une
grande femme noire plus qu'à moitié nue, révérence parler, monsieur,
toute en cuivre, et M. de Peyrehorade nous a dit que c'était une idole
du temps des païens... du temps de Charlemagne, quoi !



Une statue singulière

Les
fenêtres étaient fermées. Avant de me déshabiller, j'en ouvris une pour
respirer l'air frais de la nuit, délicieux après un long souper. En
face était le Canigou, d'un aspect admirable en tout temps, mais qui me
parut ce soir-là la plus belle montagne du monde, éclairé qu'il était
par une lune resplendissante. Je demeurai quelques minutes à contempler
sa silhouette merveilleuse, et j'allais fermer ma fenêtre, lorsque,
baissant les yeux, j'aperçus la statue sur un piédestal à une vingtaine
de toises de la maison.

Elle était placée à l'angle d'une haie
vive qui séparait un petit jardin d'un vaste carré parfaitement uni,
qui, je l'appris plus tard, était le jeu de paume de la ville. Ce
terrain, propriété de M. de Peyrehorade, avait été cédé par lui à la
commune, sur les pressantes sollicitations de son fils.

A la
distance où j'étais, il m'était difficile de distinguer l'attitude de la
statue ; je ne pouvais juger que de sa hauteur, qui me parut de six
pieds environ. En ce moment, deux polissons de la ville passaient sur le
jeu de paume, assez près de la haie, sifflant sur le joli air du
Roussillon : Montagnes régalades. Ils s'arrêtèrent pour regarder la
statue ; un d'eux l'apostropha même à haute voix. Il parlait catalan ;
mais j'étais dans le Roussillon depuis assez longtemps pour pouvoir
comprendre à peu près ce qu'il disait.

"Te voilà donc, coquine !
(Le terme catalan était plus énergique.) Te voilà ! disait-il. C'est
donc toi qui as cassé la jambe à Jean Coll ! Si tu étais à moi, je te
casserais le cou.

– Bah ! avec quoi ? dit l'autre. Elle est de
cuivre, et si dure qu'Etienne a cassé sa lime dessus, essayant de
l'entamer. C'est du cuivre du temps des païens ; c'est plus dur que je
ne sais quoi.

– Si j'avais mon ciseau à froid (il paraît que
c'était un apprenti serrurier), je lui ferais bientôt sauter ses grands
yeux blancs, comme je tirerais une amande de sa coquille. Il y a pour
plus de cent sous d'argent."

Ils firent quelques pas en s'éloignant.

"Il faut que je souhaite le bonsoir à l'idole", dit le plus grand des apprentis, s'arrêtant tout à coup.

Il
se baissa, et probablement ramassa une pierre. Je le vis déployer le
bras, lancer quelque chose, et aussitôt un coup sonore retentit sur le
bronze. Au même instant l'apprenti porta la main à sa tête en poussant
un cri de douleur.

"Elle me l'a rejetée !" s'écria-t-il.



La Vénus d'Ille

Une partie de pelote basque

Dès
huit heures j'étais assis devant la Vénus, un crayon à la main,
recommençant pour la vingtième fois la tête de la statue, sans pouvoir
parvenir à en saisir l'expression. M. de Peyrehorade allait et venait
autour de moi, me donnait des conseils, me répétait ses étymologies
phéniciennes ; puis disposait des roses du Bengale sur le piédestal de
la statue, et d'un ton tragi-comique lui adressait des vœux pour le
couple qui allait vivre sous son toit. Vers neuf heures il rentra pour
songer à sa toilette, et en même temps parut M. Alphonse, bien serré
dans un habit neuf, en gants blancs, souliers vernis, boutons ciselés,
une rose à la boutonnière.

"Vous ferez le portrait de ma femme ? me dit-il en se penchant sur le dessin. Elle est jolie aussi."

En
ce moment commençait, sur le jeu de paume dont j'ai parlé, une partie
qui sur-le-champ attira l'attention de M. Alphonse. Et moi, fatigué, et
désespérant de rendre cette diabolique figure, je quittai bientôt mon
dessin pour regarder les joueurs. Il y avait parmi eux quelques
muletiers espagnols arrivés de la veille. C'était des Aragonais et des
Navarrois, presque tous d'une adresse merveilleuse. Aussi les Illois,
bien qu'encouragés par la présence et les conseils de M. Alphonse,
furent-ils assez promptement battus par ces nouveaux champions. Les
spectateurs nationaux étaient consternés. M. Alphonse regarda à sa
montre. Il n'était encore que neuf heures et demie. Sa mère n'était pas
coiffée. Il n'hésita plus : il ôta son habit, demanda une veste, et
défia les Espagnols. Je le regardais faire en souriant, et un peu
surpris.

"Il faut soutenir l'honneur du pays", dit-il.

Alors
je le trouvai vraiment beau. Il était passionné. Sa toilette, qui
l'occupait si fort tout à l'heure, n'était plus rien pour lui. Quelques
minutes plus tôt il eût craint de tourner la tête de peur de déranger sa
cravate. Maintenant il ne pensait plus à ses cheveux frisés ni à son
jabot si bien plissé. Et sa fiancée ?... Ma foi, si cela eût été
nécessaire, il aurait, je crois, fait ajourner le mariage. Je le vis
chausser à la hâte une paire de sandales, retrousser ses manches, et,
d'un air assuré, se mettre à la tête du parti vaincu, comme César
ralliant ses soldats à Dyrrachium. Je sautai la haie, et me plaçai
commodément à l'ombre d'un micocoulier, de façon à bien voir les deux
camps.

Contre l'attente générale, M. Alphonse manqua la première
balle ; il est vrai qu'elle vint rasant la terre et lancée avec une
force surprenante par un Aragonais qui paraissait être le chef des
Espagnols. C'était un homme d'une quarantaine d'années, sec et nerveux,
haut de six pieds, et sa peau olivâtre avait une teinte presque aussi
foncée que le bronze de la Vénus.

M. Alphonse jeta sa raquette à terre avec fureur.

"C'est cette maudite bague, s'écria-t-il, qui me serre le doigt, et me fait manquer une balle sûre !"

Il
ôta, non sans peine, sa bague de diamants : je m'approchais pour la
recevoir ; mais il me prévint, courut à la Vénus, lui passa la bague au
doigt annulaire, et reprit son poste à la tête des Illois.



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مُساهمةموضوع: رد: La Venus d'Ille de Prosper Mérimée   الإثنين 05 مارس 2012, 21:24

Visite à Ille
"Que la statue, dis-je, soit favorable et bienveillante, elle qui ressemble tant à un homme". (Lucien, L'Homme qui aime les mensonges, chap. XIX)
Je descendais le dernier coteau du Canigou,et, bien que le soleil fût déjà couché, je distinguais dans la plaine les maisons de la petite ville d'Ille,vers laquelle je me dirigeais.
"Vous savez, dis-je au Catalan qui me servait de guide depuis la veille, vous savez sans doute où demeure M. de Peyrehorade

Si je le sais ! s'écria-t-il, je connais sa maison comme la mienne ; et
s'il ne faisait pas si noir, je vous la montrerais. C'est la plus belle
d'Ille. Il a de l'argent, oui, M. de Peyrehorade ; et il marie son fils
à plus riche que lui encore.
– Et ce mariage se fera-t-il bientôt ? lui demandai-je.

Bientôt! il se peut que déjà les violons soient commandés pour la noce.
Ce soir,peut-être, demain, après-demain, que sais-je ? C'est à
Puygarrig que ça se fera ; car c'est Mlle de Puygarrig que monsieur le
fils épouse. Ce sera beau,oui !"
J'étais recommandé à M. de
Peyrehorade par mon ami M. de P. C'était, m'avait-il dit,un antiquaire
fort instruit et d'une complaisance à toute épreuve. Il se ferait un
plaisir de me montrer toutes les ruines à dix lieues à la ronde. Or je
comptais sur lui pour visiter les environs d'Ille, que je savais riches
en monuments antiques et du Moyen Age. Ce mariage, dont on me parlait
alors pour la première fois, dérangeait tous mes plans.
"Gageons,monsieur,
me dit mon guide, comme nous étions déjà dans la plaine, gageons un
cigare que je devine ce que vous allez faire chez M. de Peyrehorade ?

Mais,répondis-je en lui tendant un cigare, cela n'est pas difficile à
deviner. A l'heure qu'il est, quand on fait six lieues dans le Canigou,
la grande affaire,c'est de souper.
– Oui,mais demain ?... Tenez, je parierais que vous venez à Ille pour voir l'idole ?J'ai deviné cela à vous voir tirer en portrait les saints de Serrabona.
– L'idole! quelle idole ?" Ce mot avait excité ma curiosité.
"Comment! on ne vous a pas conté, à Perpignan, comment M. de Peyrehorade avait trouvé une idole en terre ?
– Vous voulez dire une statue en terre cuite, en argile ?

Non pas. Oui, bien en cuivre, et il y en a de quoi faire des gros sous.
Elle vous pèse autant qu'une cloche d'église. C'est bien avant dans la
terre, au pied d'un olivier, que nous l'avons eue.
– Vous étiez donc présent à la découverte ?

Oui,monsieur. M. de Peyrehorade nous dit, il y a quinze jours, à Jean
Coll et à moi, de déraciner un vieil olivier qui était gelé de l'année
dernière, car elle a été bien mauvaise, comme vous savez. Voilà donc
qu'en travaillant Jean Coll qui y allait de tout cœur, il donne un coup
de pioche, et j'entends bimm...comme s'il avait tapé sur une cloche.
Qu'est-ce que c'est ? que je dis. Nous piochons toujours, nous piochons,
et voilà qu'il paraît une main noire, qui semblait la main d'un mort
qui sortait de terre. Moi, la peur me prend. Je m'en vais à monsieur, et
je lui dis : "Des morts, notre maître, qui sont sous l'olivier ! Faut
appeler le curé. – Quels morts ?" qu'il me dit. Il vient, et il n'a pas
plus tôt vu la main qu'il s'écrie : "Un antique!
un antique !" Vous auriez cru qu'il avait trouvé un trésor. Et le voilà
avec la pioche, avec les mains, qui se démène et qui faisait quasiment
autant d'ouvrage que nous deux.
– Et enfin que trouvâtes-vous ?
– Une grande femme noire plus qu'à moitié nue, révérence parler,
monsieur, toute en cuivre,et M. de Peyrehorade nous a dit que c'était
une idole du temps des païens...du temps de Charlemagne, quoi !
Une statue singulière
Les
fenêtres étaient fermées. Avant de me déshabiller, j'en ouvris une pour
respirer l'air frais de la nuit, délicieux après un long souper. En
face était le Canigou,d'un
aspect admirable en tout temps, mais qui me parut ce soir-là la plus
belle montagne du monde, éclairé qu'il était par une lune
resplendissante. Je demeurai quelques minutes à contempler sa silhouette
merveilleuse, et j'allais fermer ma fenêtre, lorsque, baissant les
yeux, j'aperçus la statue sur un piédestalà une vingtaine de toisesde la maison.
Elleétait
placée à l'angle d'une haie vive qui séparait un petit jardin d'un
vaste carré parfaitement uni, qui, je l'appris plus tard, était le jeude paume
de la ville. Ce terrain,propriété de M. de Peyrehorade, avait été cédé
par lui à la commune, sur les pressantes sollicitations de son fils.
A
la distance où j'étais, il m'était difficile de distinguer l'attitude
de la statue ; je ne pouvais juger que de sa hauteur, qui me parut de sixpieds
environ. En ce moment, deux polissons de la ville passaient sur le jeu
de paume, assez près de la haie,sifflant sur le joli air du Roussillon :
Montagnes régalades. Ils s'arrêtèrent pour regarder la statue ; un
d'eux l'apostropha même à haute voix. Il parlait catalan ; mais j'étais
dans le Roussillon depuis assez longtemps pour pouvoir comprendre à peu
près ce qu'il disait.
"Te voilà donc, coquine ! (Le terme catalan
était plus énergique.) Te voilà !disait-il. C'est donc toi qui as cassé
la jambe à Jean Coll ! Si tu étais à moi, je te casserais le cou.

Bah! avec quoi ? dit l'autre. Elle est de cuivre, et si dure qu'Etienne a
cassé sa lime dessus, essayant de l'entamer. C'est du cuivre du temps
des païens ; c'est plus dur que je ne sais quoi.
– Si j'avais mon
ciseau à froid (il paraît que c'était un apprenti serrurier), je lui
ferais bientôt sauter ses grands yeux blancs, comme je tirerais une
amande de sa coquille. Il y a pour plus de cent sous d'argent."
Ils firent quelques pas en s'éloignant.
"Il faut que je souhaite le bonsoir à l'idole", dit le plus grand des apprentis, s'arrêtant tout à coup.
Il
se baissa, et probablement ramassa une pierre. Je le vis déployer le
bras,lancer quelque chose, et aussitôt un coup sonore retentit sur le
bronze. Au même instant l'apprenti porta la main à sa tête en poussant
un cri de douleur.
"Elle me l'a rejetée !" s'écria-t-il.
La Vénus d'Ille Une partie de pelote basque

Dès
huit heures j'étais assis devant la Vénus, un crayon à la main,
recommençant pour la vingtième fois la tête de la statue, sans pouvoir
parvenir à en saisir l'expression. M. de Peyrehorade allait et venait
autour de moi, me donnait des conseils, me répétait ses étymologies
phéniciennes ; puis disposait des roses du Bengale
sur le piédestal de la statue, et d'un ton tragi-comique lui adressait
des vœux pour le couple qui allait vivre sous son toit. Vers neuf heures
il rentra pour songer à sa toilette, et en même temps parut M.
Alphonse, bien serré dans un habit neuf, en gants blancs, souliers
vernis, boutons ciselés, une rose à la boutonnière.
"Vous ferez le portrait de ma femme ? me dit-il en se penchant sur le dessin. Elle est jolie aussi."
En ce moment commençait, sur le jeu de paume
dont j'ai parlé, une partie qui sur-le-champ attira l'attention de M.
Alphonse. Et moi, fatigué, etdésespérant de rendre cette diabolique
figure, je quittai bientôt mon dessin pour regarder les joueurs. Il y
avait parmi eux quelques muletiers espagnols arrivés de la veille.
C'était des Aragonais et des Navarrois,
presque tous d'une adresse merveilleuse. Aussi les Illois, bien
qu'encouragés par la présence et les conseils de M. Alphonse, furent-ils
assez promptement battus par ces nouveaux champions. Les spectateurs
nationaux étaient consternés. M. Alphonse regarda à sa montre. Il
n'était encore que neuf heures et demie. Sa mère n'était pas coiffée. Il
n'hésita plus : il ôta son habit, demanda une veste, et défia les
Espagnols. Je le regardais faire en souriant, et un peu surpris.
"Il faut soutenir l'honneur du pays", dit-il.
Alors
je le trouvai vraiment beau. Il était passionné. Sa toilette, qui
l'occupait si fort tout à l'heure, n'était plus rien pour lui. Quelques
minutes plus tôt il eût craint de tourner la tête de peur de déranger sa
cravate. Maintenant il ne pensait plus à ses cheveux frisés ni à son
jabot si bien plissé. Et sa fiancée ?... Ma foi, si cela eût été
nécessaire, il aurait, je crois, fait ajourner le mariage. Je le vis
chausser à la hâte une paire de sandales,retrousser ses manches, et,
d'un air assuré, se mettre à la tête du parti vaincu, comme César ralliant ses soldats à Dyrrachium.Je sautai la haie, et me plaçai commodément à l'ombre d'un micocoulier, de façon à bien voir les deux camps.
Contre
l'attente générale, M. Alphonse manqua la première balle ; il est vrai
qu'elle vint rasant la terre et lancée avec une force surprenante par un
Aragonais qui paraissait être le chef des Espagnols. C'était un homme
d'une quarantaine d'années, sec et nerveux, haut de six pieds, et sa peau olivâtre avait une teinte presque aussi foncée que le bronze de la Vénus.
M.Alphonse jeta sa raquette à terre avec fureur.
"C'est cette maudite bague, s'écria-t-il, qui me serre le doigt, et me fait manquer une balle sûre !"
Il ôta, non sans peine, sa bague de diamants : je m'approchais pour la recevoir ;mais il me prévint,courut à la Vénus, lui passa la bague au doigt annulaire, et reprit son poste à la tête des Illois.



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مُساهمةموضوع: رد: La Venus d'Ille de Prosper Mérimée   الإثنين 05 مارس 2012, 21:25










                                                       
 


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مُساهمةموضوع: رد: La Venus d'Ille de Prosper Mérimée   السبت 10 مارس 2012, 12:15

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مُساهمةموضوع: رد: La Venus d'Ille de Prosper Mérimée   الأحد 11 مارس 2012, 14:17



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